Un Spirou irrévérencieux... mais jubilatoire

Avis sur La Femme léopard - Une aventure de Spirou et...

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Depuis quelques années, les éditions Dupuis ont eu la très bonne idée de lancer une série parallèle aux albums traditionnels de "Spirou et Fantasio". Dans cette série, baptisée "Le Spirou de…", des auteurs souvent chevronnés ont carte blanche pour mettre en scène le célèbre groom à leur façon. Avec à la clé des résultats souvent très bons ("Le journal d’un ingénu" d’Emile Bravo), certains plus décevants ("Panique en Atlantique", de Parme et Trondheim), mais toujours une vision très personnelle de l’univers de Spirou. Que dire alors de Yann et Olivier Schwartz? Déjà auteurs il y a trois ans du remarqué "Groom vert-de-gris", une aventure un peu loufoque qui se déroulait en pleine occupation de Bruxelles par les Nazis, ces deux garnements n’ont vraiment peur de rien puisqu’ils n’hésitent pas à pousser le bouchon encore plus loin dans "La femme léopard"! Dans cette suite du "Groom vert-de-gris", ils écornent franchement l’image de ce bon vieux Spirou, devenu alcoolique suite à la disparition de la jeune Audrey dans les camps de la mort. Ils vont même jusqu’à le représenter dans un lit avec une jeune femme nue, alors que cette dernière est pourtant la petite amie de Fantasio… Sacrilège? Oui, sur la forme, mais en réalité, ce sacrilège est vite pardonné car Yann et Schwartz prennent un plaisir fou à animer les personnages de Spirou et Fantasio, auxquels ils insufflent un dynamisme et un goût de l’aventure dignes des glorieux auteurs qui les ont précédés. Leur énergie et leur bonne humeur sont communicatives. De quoi parle "La femme léopard"? C’est difficile à résumer en quelques lignes, car le scénario de Yann contient un peu de tout: une sculpturale beauté africaine sortant ses griffes pour récupérer des fétiches sacrés Urugondolais, des mystérieux gorilles-robots se promenant sur les toits de Bruxelles, des bolides qui carburent à l’huile de friture et à l’électricité, des philosophes existentialistes à Saint-Germain-des-Prés, un businessman qui s’inspire des méthodes américaines pour tenter de relancer le Moustic Hôtel, un vieux colonialiste irascible, sans oublier les services secrets américains, des scientifiques allemands et des sécessionistes africains. Bref, ça part dans tous les sens. En plus, pour ne rien arranger, Yann et Schwartz aiment truffer leurs planches de références bédéphiles mais aussi d’expressions et de personnages bruxellois particulièrement truculents. Car, comme dans "Le groom vert-de-gris", l’action de "La femme léopard" se situe à Bruxelles. Sauf que cette fois, nous sommes en 1946, dans l’immédiat après-guerre. "La femme léopard" est donc un album irrévérencieux et un peu fouillis, mais malgré tout, on prend un plaisir fou à le lire, grâce notamment au trait très dynamique d’Olivier Schwartz, qui s’affirme de plus en plus au fil des albums. On se réjouit donc de découvrir la suite de l’histoire dans "Le maître des hosties noires", qui sera le troisième "Spirou" du duo de choc Yann-Schwartz, visiblement très inspirés par le sujet. Vehlmann et Yoann, les auteurs des "Spirou et Fantasio" traditionnels, auraient-ils du souci à se faire?

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