J'avais lu à plusieurs reprises que cet album de Joe Matt avait le moins bien marché, que les fans étaient déçus de ne pas poursuivre la chute de ce névrosé de Joe Matt, du moins de façon chronologique et surtout de manière à découvrir ses problèmes de sexe.
Car du sexe, il n'y en a que très peu ici. Mais moi je dis c'est pas plus mal. Et le peu qu'on en voit est très intéressant car c'est à l'opposé de ce qu'est devenu le personnage par la suite ! Grâce à cet album, Joe Matt permet à ses lecteurs de réfléchir un peu, de faire appel à leur imagination pour savoir ce qui est arrivé à cet enfant pour qu'il devienne un pareil obsédé. En même temps, j'ai souvenir qu'il y a quelques flash backs dans l'album suivant ; peut-être répondent-ils à cette question ? je ne sais plus.
En tous cas, j'ai beaucoup aimé cet album. Joe parvient à condenser son enfance en deux journées un peu folles. Si le jeune Joe n'est pas encore un pervers, il reste névrosé, et doit faire face à d'autres problèmes intérieurs. La façon dont les personnages extérieurs permettent de mettre en avant ses démons internes est assez juste et audacieuse. Les conflits abondent, les résolutions ne sont jamais totales, voire quasi inexistantes (Joe a toujours eu la fâcheuse tendance à laisser les problèmes libres d'aller et venir, il abandonne vite). Et puis ce gosse est un tel démon, peut-être même pire que Joe adulte. Non vraiment, narrativement, je ne vois aucun reproche à faire.
Graphiquement, l'on constate à nouveau que Joe n'est pas un grand dessinateur ; beaucoup de problèmes de proportion jalonnent ses pages. Et pourtant, grâce à un bel encrage, chaque page est belle à regarder. Autre détail, Joe abandonne le gaufrier. Un faux abandon en fait car son découpage plus 'libéré' ne l'est pas tant que ça (libre). Mais ça ne me dérange pas. Puis les tronches qu'il offre sont elles toujours très justes, et puis l'auteur est suffisamment rigoureux pour que ses impuissances graphiques restent au même niveau, que ça ne donne pas un produit brouillon, sans cohérence aucune.
Bref, je pensais, avant de relire cet album, que ce serait un cran en dessous des deux précédents, il n'en est rien ; si Joe quitte les chemins du sexe, il ne perd rien de son insolence. Je dirais même plus qu'il évolue en bien et que la touche de poésie qu'il amène n'est pas sans rappeler un "Stand By Me".