Quartier Lointain

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Quartier Lointain, produit par Jirô Taniguchi en 2002, nous conte le périple d'un homme de 48 ans, Hiroshi Nakahara, renvoyé mystérieusement dans le passé alors qu'il se recueille sur la tombe de sa mère. La rencontre du héros avec lui-même est ici soigneusement évitée par l'auteur, la conscience d'Hiroshi étant directement transposée dans la peau du gamin qu'il était à ses 14 ans. Catapulté en pleine adolescence avec ses souvenirs d'adulte, Hiroshi va éprouver le fantasme et les limites du voyage dans le temps. Connaissant le fil des évènements à venir, notre lycéen va bien bien sûr tenter d'influer sur le cours de l'histoire afin de découvrir les secrets liés à la disparition de son père, qu'il n'a jamais acceptée.

Plus le récit va progresser, plus les enjeux vont se bousculer. Rapidement, il ne s'agit plus simplement de profiter de cette relecture du passé pour modifier le présent (ou le futur) d'Hiroshi. Non, il est désormais question d'élargir le champ des possibles. Enivré par le sentiment de contrôle sur l'univers qui l'entoure, notre héros se met à douter. L'expérience est si belle qu'il ne sait plus si espérer ou non un retour à sa vie d'origine. Confus, Hiroshi hésite à la frontière des mondes, avec d'un côté un recommencement où tout lui réussit, la relation qu'il noue avec la jeune Tomoko exhalant un parfum singulier sur son avenir. D'un autre côté, la hantise d'un père disparu le ramène immanquablement sur sa ligne de temps, avec son lot de souvenirs et de souffrances.

Levant petit à petit le voile du passé, Hiroshi poursuit son enquête afin d'éclaircir le départ de son père. La prise de conscience qui en découle, sans spoiler, l'impacte avec une telle violence que le retour à la réalité est très rude. Pour lui comme pour le lecteur. L'effet miroir marche plutôt bien, la mélancolie de Taniguchi est contagieuse. D'un point de vue graphique, Quartier Lointain est superbement illustré. Les plans et les prises de vue ont un ADN photographique, et le rythme dans l'enchaînement des vignettes est parfois effréné. Je pense à certaines séquences où Hiroshi est assailli en présence de ses amis ou de sa famille, des instants de flottement où l'action se poursuit en dépit du héros qui plonge en pleine introspection. Un très chouette manga en somme.

Personne ne devient jamais vraiment adulte. L'enfant que nous avons été est toujours là, bien vivant, tout au fond de nous. Il est comme ce ciel. Avec le temps, nous croyons grandir. Mais la maturité n'est qu'un leurre, une entrave à notre âme libre d'enfant.

(Janvier 2016)

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