Ter, un peu paumé, franchit la porte de l’appartement 262 à la recherche d’une chambre en colocation. Bet, pulpeuse jeune fille, Shel, grâce alanguie, et Vic, épais abruti violent, l’y accueillent. Mais bientôt, Ter ne peut plus sortir, prisonnier de l’appartement, et ses colocataires se révèlent un par un être de doux dingues. Voire de dangereux aliénés.
« Rien n’a de conséquence ici »
Un chat passé au mixeur réapparait intact quelques cases plus loin. Un conduit d’aération débouche sur une fille nue. Une glaise cireuse coule des canalisations. Entre ses tentatives désespérées pour s’extirper de ces lieux étranges et sa fascination grandissante pour Bet, Ter sombre peu à peu et rêve parfois d’un passé sur le champ de bataille : explosions et mitrailles.
Le dessin de Koren Shadmi est rond, agréable. Les portraits un peu trop lisses mais les détails sont splendides de réalisme. Le montage est strict, répétant à l’infini des planches de six cases carrées, il enferme le lecteur autant que les personnages. Tout comme les ambiances peu nombreuses : monochromes vert gris dans l’appartement, ocres dans les souvenirs de Ter.
Sont-ils prisonniers d’un piège inextricable ?
Sont-ils morts ?
« C’est toujours comme ça lorsque deux fantômes font l’amour »
Koren Shadmi dessine l’antichambre de l’enfer et plonge son personnage dans un ennui mortifère, presque autant que son lecteur. Mais ce rythme cache assurément quelque chose et la curiosité garde l’attention en éveil.
« Ça me rappelle une pièce que j’ai lue un jour »
Évidemment on pense à Huis-Clos de Jean-Paul Sartre, l’affirmation est péremptoire. Ce premier tome sait en saisir le poids, y imiter la vacuité du conflit, s’y inspirer d’une tension particulière. L’enjeu est là, imperceptible mais liant l’ensemble.
Reste à savoir où l’auteur nous conduit.
Matthieu Marsan-Bacheré