Chapitre 3 : butiner le miel des contes

L'Enfant des étoiles - Thorgal, tome 7

Où l’on apprend enfin les origines de Thorgal, l’Enfant des étoiles. À travers une succession de trois nouvelles au parfum de légende narrée au coin du feu, Van Hamme encastre encore davantage son récit dans la grande tradition des contes, tout en forgeant sa propre mythologie autour de cette genèse. Profondément lyrique, aussi bien dans l’écriture que dans les dessins, ce septième volet offre une pause bienvenue après les trois précédents, plus musculeux et portés sur l’aventure.


Nous allons attendre que la nuit soit tombée. Mais rappelle-toi, Thorgal, lui dit le Dieu. Quoi qu’il arrive, quelles que soient les choses que tu verras, ne lâche jamais le coffret. Et à présent, Thorgal, regarde les étoiles. Ouvre grand tes yeux et ton cœur, et regarde les étoiles. Regarde-les de tout ton être car ce sont elles qui t’apprendront d’où tu viens. Il vivra.

On retrouve une nouvelle fois ce jeu avec le temps (leitmotiv de la saga) et cette propension qu’a Van Hamme à tisser des intrigues aussi charmantes que malicieusement construites. Je pense notamment à la naissance de la demi-sœur de Thorgal, future épouse, qui survient alors que ce dernier se réveille d’une aventure qu’il aurait pu croire n’être qu’un simple rêve ; les larmes de son ami se transformant alors en petits cristaux nichés dans le creux de la main du nouveau-né. Ce sens du détail, de la relance, d’une narration en écho qui ricoche d’un récit à l’autre a décidément le don de me séduire.


Alinoë - Thorgal, tome 8

Dans la droite lignée du précédent volume, le rythme se fait plus détendu. D’autant plus qu’il s’agit du premier tome à ne pas mettre directement en scène une aventure de Thorgal, mais bien celle de son fils et de sa femme, restés sur leur île tandis que le héros est parti chercher vivres et vêtements pour affronter l’hiver.


L’occasion surtout de faire davantage connaissance avec Aaricia, jusque-là souvent cantonnée au rôle de simple épouse de notre héros (et, par conséquent, à celui de demoiselle en détresse que Thorgal doit régulièrement aller secourir). De princesse Peach à fille de roi viking, la voilà qui n’hésite désormais plus à sortir l’arme du fourreau pour protéger son petit, même si sa véritable transformation aura lieu deux tomes plus tard. Il est également question de découvrir Jolan, enfant aux talents singuliers, hérités des parents de son père venus des étoiles (pouvoirs psychiques).


Thorgal vivra, car son destin n’est pas encore accompli. Et avec sa vie naîtra une autre vie qui lui montera sa voie.

Se sentant seul, faute d’avoir un compagnon avec qui jouer, l’enfant ramasse sur la plage un bracelet couvert de runes illisibles, qu’il est pourtant le seul à savoir déchiffrer sans vraiment comprendre comment. Il s’invente alors que ce bijou est le cadeau d’un ami. Hélas, cet ami imaginaire, Alinoë, ne tarde pas à prendre forme et à se transformer en véritable petit Gremlins, poussant nos deux protagonistes à fuir l’île.


Dans ce tome, on peut derechef s’émerveiller devant les planches de Rosinski, qui met ici en scène une nature sauvage et automnale absolument mirifique. Une décoction qui m’a fait un drôle d’effet : je crois finalement apprécier encore davantage ce ton endolori, qui flirte avec la tradition des contes, que les grands arcs plus combattifs - quoique le prochain tome risque fort de me donner tort.


Dans l’art de faire du mal à son prochain, tu vois que l’imagination de l’homme ne connait pas de limites.

Aaricia - Thorgal, tome 14

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme chez Van Hamme aussi. On pourrait même dire qu’en bon botaniste, son compost est particulièrement riche en éléments nutritifs. À l’instar du tome 7, l’auteur nous offre une nouvelle escale dans le passé de son histoire : cette fois, c’est l’enfance d’Aaricia, l’épouse de Thorgal, qui nous est contée. Au fil de quelques épisodes ellipsés, nous voyons leur relation naître puis s’épanouir durant leurs jeunes années. On renifle ce même parfum féerique qui enveloppait le huitième épisode, avec cette façon de jongler entre le folklore nordique et les grands motifs du conte.


Certes, Van Hamme peine parfois à donner une voix véritablement singulière à ses personnages enfantins. Pourtant, il parvient à insuffler à leur histoire une mélancolie qui me touche profondément, tant elle se raccorde à toute la mythologie propre à cet âge où la magie et les émotions semblent plus prégnantes. Il est d’autant plus déchirant d’assister au destin de ces deux enfants privés trop tôt de leur innocence, mais aussi profondément réconfortant de constater que leur amour prend racine dès leurs plus jeunes années et a su s'épanouir (l'ADN arrangeant de la Providence, sans doute).


Du côté de Rosinski, son trait semble décidément s’épanouir davantage dans les forêts européennes que dans les jungles tropicales ; les couleurs boisées lui siéent à merveille. Après une brève parenthèse maya, nous regagnons les immensités blanches des montagnes enneigées, l’aridité si poétique du Nord. Y’a pas à dire, cette œuvre a le cœur aussi gonflé d’aventure qu’une voile en plein mistral !

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