Dargaud a confié à José-Louis Bocquet et Javi Rey l’adaptation du cinquième « roman dur » de Simenon,peut-être le meilleur de cette excellente collection   


Jeune et ambitieux ingénieur amiénois, Joseph Dupuche vient d’épouser la belle Germaine, la fille d’un receveur des postes. Si sa maman est très fière, le beau-père est inquiet, il aurait préféré un gendre fonctionnaire. Ne trouvant pas d’emploi en France, le pays est plongé dans la dépression des années 1930, il accepte un poste de directeur d’une société minière à Guayaquil, en Équateur. À peine débarqué au Panama, il apprend que la société a fait faillite et que les lettres de change ne seront pas honorées. Le couple est piégé. Sans argent, il est incapable de retourner en France. Après une nuit dans le plus bel hôtel de la ville, ils sont contraints de chercher un toit. Ils découvrent la communauté française qui, repliée sur elle-même, vit de menus trafics, tenue à distance par les Américains qui tiennent le pays, et le plus loin possible du quartier noir.


José-Louis Bocquet livre une brillante adaptation du roman, sans doute moins sombre que Quartier nègre, le roman originel paru en 1935. À défaut d’être attachants, sauf Véronique, les personnages principaux sont complexes et bien écrits. Malgré les efforts du soleil de l’Équateur, ce roman « dur » est très sombre. Il décrit la déliquescence d’un couple et le déclassement d’un jeune homme, autrefois brillant. Georges Simenonaimait ce type de personnage. Au cours de ses enquêtes, Maigret a souvent rencontré de tels malgracieux, des malchanceux aux destins contraires, des hommes seuls et brisés qui acceptent leur sort et se laissent emporter par des vents mauvais vers une fin qui ne saurait être que tragique.


Germaine est embauchée par un hôtel, où elle ne peut loger que seule. Joseph prend une chambre dans le quartier noir. Isolé, il s’attache à Véronique, une jeune prostituée. Il refuse les combines des petits blancs et se fait embaucher comme grutier, avec des noirs ! Germaine s’éloigne, elle épargne pour rentrer au pays. Joseph boit et apprend que Véronique attend un enfant de lui.


Javi Rey pratique un « ligne claire » fine et élégante, presque lumineuse. La misère serait moins pénible au soleil, chantait Aznavour. Les couleurs vives embellissent les bidonvilles et enchantent Joseph, le soir, face aux splendeurs du coucher du soleil. 


Le portait du milieu colonial est sans concession. Progressivement, sans l’avoir seulement souhaité, mais seulement porté par les évènements, Joseph change de camp. Il a abandonné sa femme et sa mère. Il boit, mais semble accepter son sort et trouve une forme de soulagement dans cette nouvelle vie de couple.

SBoisse
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le 13 avr. 2026

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