Before Watchmen : Rorschach, c’est un peu comme prendre un café à minuit dans une ruelle sombre : l’ambiance est là, mais l’expérience te laisse étrangement insatisfait. Brian Azzarello et Lee Bermejo, pourtant connus pour leur talent, plongent dans la psyché complexe du justicier le plus paranoïaque de l’univers Watchmen… mais se perdent quelque part entre les ombres et le chaos.


L’idée de revenir sur les origines de Rorschach avait de quoi séduire. Après tout, Walter Kovacs est l’un des personnages les plus fascinants et troublants d’Alan Moore. Mais ici, Azzarello semble s’accrocher aux clichés du polar noir sans parvenir à capturer la profondeur et la complexité du masque tacheté. Rorschach n’est plus qu’un détective brutal et désabusé parmi tant d’autres, et son univers, pourtant riche, semble rétréci à une simple série de ruelles crasseuses et de combats sanglants.


Visuellement, Lee Bermejo livre une prestation solide mais étrangement froide. Son style hyperréaliste, souvent magnifique, capture l’ambiance sombre de New York avec brio. Les ruelles, les néons, et les visages ravagés par la misère s’intègrent parfaitement au ton de l’histoire. Mais malgré cette virtuosité technique, les planches manquent d’une âme, d’un petit quelque chose qui ferait vibrer le lecteur à travers la violence graphique.


Le scénario, bien qu’efficace, manque d’originalité et d’envergure. Azzarello semble vouloir livrer une histoire "brute de décoffrage", mais l’intrigue peine à décoller. Rorschach affronte des criminels et sombre dans des monologues intérieurs, mais on a l’impression que la véritable exploration de son personnage a été laissée de côté. C’est sombre, oui, mais sans le génie tragique et les nuances morales qui faisaient la force de Watchmen.


Le problème principal de ce Before Watchmen est qu’il reste coincé dans l’ombre écrasante de l’œuvre originale. Là où Moore et Gibbons jouaient avec les attentes et les codes du genre, cette préquelle semble s’y enfermer, ne laissant que peu de place à l’innovation ou à la surprise.


En résumé : Before Watchmen : Rorschach est une lecture sombre et bien exécutée sur le plan technique, mais qui manque cruellement de profondeur et d’originalité. Une BD qui aurait pu être une plongée fascinante dans les ténèbres de Walter Kovacs, mais qui se contente de gratter la surface. À lire si tu es fan inconditionnel de Watchmen, mais ne t’attends pas à une révélation. Rorschach mérite mieux que ça… et toi aussi.

CinephageAiguise
5

Créée

le 22 nov. 2024

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2

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