Je n'ai pas pour habitude de réfléchir en lisant et regardant les oeuvres de Junji Ito. Pour moi, c'est de l'horreur pure, du cauchemar, du surréalisme glauque... Peut-être fais-je erreur?
Néanmoins, je vois un message écologique à travers ce Black Paradox.
Quatre personnes se rencontrent en ligne sur un site de suicidaires afin de mourir ensemble (je trouve le concept assez étrange : et si on faisait une Suicidal Party Free? yeahh!!!) et les raisons sont encore plus bizarres : ils se sentent attirés par la mort suite à un face-à-face avec leur Doppelgänger. de nombreuses oeuvres montrent la menace de cette rencontre maléfique (et comme je n'ai pas lu William Wilson de Poe ni L'autre comme moi de Saramago, je pense à Dylan Dog de Sclavi). Mais voilà que Junji Ito me trompe et ne se concentre pas sur ce danger gémellaire, mais sur un autre problème : une porte vers l'au-delà où nos âmes, enfermées dans de magnifiques pierres rondes, sortent des corps de nos quatre suicidaires...
Ces pierres sont absolument magnifiques, elles attirent l'avidité financière, au risque que l'être humain y perde définitivement son âme... J'admets que j'interprète probablement, mais cela est gros comme métaphore : notre humanité perdue au profit de la richesse. Et le fait que les pierres deviennent une source énergétique, n'est pas anodin à mes yeux...
Pourquoi ce titre ?
Les personnages cherchent à mourir, mais finissent par découvrir des vérités encore plus troublantes sur la vie, la mort, et l'au-delà. Leurs tentatives de suicide les conduisent à une exploration profonde de la mortalité, créant ainsi un paradoxe. Les Doppelgängers représentent également un paradoxe. Ils sont à la fois eux-mêmes et un autre, ce qui crée une tension entre l'identité et la dualité, et soulève des questions sur la nature de l'existence et de la conscience. le paradoxe pourrait aussi faire référence au paradoxe de l'humanité qui, en poursuivant des désirs matériels (représentés par les pierres précieuses dans l'histoire), finit par perdre son essence même, son âme. Cela crée un contraste entre la quête de richesse et la perte de quelque chose d'essentiel et d'intangible.
Donc, on a affaire à un Junji Ito plus "philosophique".
Pour le reste, Junji Ito est fidèle à lui-même, certains dessins sont vraiment effrayants. J'ignore où il puise toute son imagination : l'horreur chez lui est souvent associé à l'incompréhension, quelque chose qui nous dépasse, avec des personnages profondément seuls et des transformations du corps qui rappelle le Body Horror cher à David Cronenberg.
Pour moi, un très bon manga.