Oh cette entame décalée pour cette deuxième partie ! Que de prétextes à s'esclaffer, mais aussi à réfléchir ! Un poulet certain de sa mort qui exclame sa volonté le vivre. Ah, le génie, car seul un génie aurait pu penser à ça, n'est-ce pas ? Un génie de la pose, j'entends.


Car la bête gigote encore et se refuse à mourir – quoi qu'elle s'est suicidée avec une disgrâce qui ne manquait pas d'allant – je m'en viens l'achever. Chainsaw Man partie deux, nous y voilà. Hélas.

Je m'étais pourtant juré de ne pas y vider ma bile de nouveau, mais les lamentations gisant depuis sa conclusion, clamées dans un unisson agonisé ont quelque peu stimulé mes appétits charognards.

Alors mes couillons ? On l'a mauvaise ~ ♥ ? N'aviez vous pas été prévenus ? Ignorez vous qu'un ciel noir précède souvent l'averse ? Vous avez l'air malins, trempés de vos larmes enragées. Conduisons plutôt ensemble une dissection de ce désastre, que vous sachiez quand et par où vos orifices furent si bien comblés. Mesquin que je suis, j'ai même pris sur mes nuits afin de vous gâter d'une critique au plus tôt après la débandade. Que le sang soit encore frais.


Faussement frénétique et extatique, à ne Tu Schusser qu'en dérapage très contrôlé, Fujimoto saura une fois encore épater le couillon autant qu'il lassera les mieux avertis de ses manœuvres racoleuses. À opter pour une comparaison, afin d'être plus parlant, d'être plus criant AAAAAAAAAAAAAAAAAH (moi aussi je peux faire du déjanté stylistique, voyez), je dirais que monsieur Fujimoto est un praticien émérite dans l'art du Tae Kwan Do, un art partial somptueux pour le regard par la grâce de ses gestes, impressionnant dans ses expressions ; mais parfaitement inutile en combat. Un art du combat strictement esthétique – et remarquablement esthétisé – qui n'advient sans aucune autre finalité que celle de son strict paraître. Alors, c'est plaisant aux yeux du mougeon, pour lui qui n'a jamais trop connu mieux dans la mise en scène portée sur planche, mais tout habitué ne pourra que se lasser du manque de portée objective des propos.


Une protagoniste blasée qui souhaite la mort à tout ce qui respire, marginale quoi qu'en réalité jalouse de ses camarades (olala...), revivre une crise d'adolescence de débile profonde apparaît à certain, je crois, comme une sympathique perspective de lecture. Je m'en étais pour ma part lassé en deux pages de temps seulement. Ce qui en soi est la démonstration d'une patience spectaculaire.


Et puis... et puis... y'a des viscères de poulet qui mutent monstrueusement, et puis, et puis.... monsieur Tanaka, il avait des relations sexuelles avec le poulet et puis, et puis, en fait y'a un sous-propos existentialiste trop profond, c'est pas seulement de la débauche puérile, et puis... et puis ce qui mime d'avoir un propos pousse un hurlement déchaîné et aphone pour mieux faire entendre l'inanité de ce qui l'anime.


Des éviscérations ostensibles et gratuites, faisant montre d'une profusion de gore enfantinà défaut d'être effectivement choquantes et scandaleuses, tout ça fait la marque de l'auteur. De l'ordre de ces mêmes marques laissées sur une chaise après qu'on ait omis de se torcher convenablement. Oui, elle est gratuite la violence qu'on y voit ici, et ce qui est gratuit ne vaut rien. Ne servant aucun dessein, advenue sans but véritable, cette débauche de violence qui n'en est pas réellement, car laissée à ses seuls oripeaux cosmétiques, ne suggère rien sinon de faire rouler ses yeux dans ses orbites.


« Soyez choqués je vous prie » crie l'intention derrière le dessin. Or, la doléance n'a pas été formulée en des termes appropriés pour qu'elle puisse parvenir à qui s'efforce d'avoir au moins un semblant de bon goût. Du tapage excessif transposé sur papier, omettant que ce qui est excessif, par définition talleyrandienne, est nécessairement insignifiant. Versez du sang partout et vous n'aurez alors pas ébahi, mais dégueulassé les alentours sans autre réelle finalité.


Et ça, sans arrêt. Une machine à racolage sanguinolente jetée dans une pente. Elle descend la pente ; elle va très bas. Mais nous y reviendrons, car j'entame le préambule de la dégringolade avant de me délecter de son parfait aboutissement, tombé là un beau chapitre 233. Un point final qui, par sa seule rature, m'a engagé à écrire cette deuxième critique. Fallait avoir le crayon bien lest pour m'y rappeler, à ces foutaises, et j'ai pas été déçu. Contrairement à ses lecteurs.


Je replongeais alors dans des tripes versées dispendieusement et sans objectif défini – quel gâchis – pour renouer, un soupir après l'autre, avec ce récit caricaturalement adolescent que j'avais naguère quitté sans regret.


Mégoter sur tout, je pourrais faire, est-ce que je le devrais seulement ? Ce qui va sans dire s'articule sans qu'on ait besoin de préciser les termes. Qu'une adolescente frêle porte dans ses bras une camarade (vous avez déjà cherché à porter dans vos bras un corps inerte de cinquante kilos seulement ?) en échappant à un diable, ça avait fait ricaner avec les talons de Jurassic World, mais pas là. Ah non. Pas lorsque c'est un contenu sérieux. C'est Chainsaw Man, bon sang de bonnes tripes ; on badine avec le grandiose, voyons. À lui, tout sera pardonné. Jusqu'à ce que l'auteur ait toutefois achevé les limites de ce que son lectorat pouvait tenir d'inadmissible. Et ils étaient pourtant résilients en la matière le bougres.


Des prétextes à se moucher avec ce que j'ai lu, il y en a par pléthores entières, et je ne m'étais pas privé de le faire le temps de ma première critique. Mais un engouement de masse – lourde, la masse – une hypnose collective auto-suggérée par effet de pure spéculation, a érigé Chainsaw Man en si haute estime que lourde et violente fut la chute. Elle n'en a été à mon goût que plus délectable.


Des niaiseries controuvées sur l'amitié, et le chaland, bien enrhumé, vous sourit avec satisfaction, son groin tout morveux. Ce qui est actualisé ou réactualisé n'est pas nouveau s'il n'y a dans le procédé aucune valeur ajoutée. Chainsaw Man est un Shônen non pas classique, mais basique, qui ne bouscule les genre en aucune manière, se contentant paresseusement d'en recouvrir les pages de boyaux et d'airs blasés afin de simuler un ersatz de semblant d'atome de renouveau. Y'en a pour s'y laisser prendre, remarquez. Faut bien que l'industrie du Shônen tourne, avec au centre, le lectorat, victime consentante de la tournante.


Frasques lycéennes vues et aperçues en tant d'occasions, dans de meilleures œuvres qui plus est, blablas stériles et creux, mais fournis et intarissables, ça cause, ça ne dit rien, et le tout en étant plus audible que le hurlement d'agonie d'un lecteur conscient de la purge dont il est ici la victime. Victime... à moins de l'avoir souhaitée, ce qui fait alors de lui un complice du récit. De TOUT le récit. Celui qui part du début... puis aboutit à la fin.


Je m'en pourlèche les babines par avance.


Concrètement ? Du sous-Tokyo Ghoul. Du sous des tréfonds et même en deçà de la Fosse des Mariannes. Aucun capital sympathie n'est à investir dans ces personnages factices. Certains les trouveront attractifs comme les naïfs peuvent se laisser prendre par une femme maquillée, mais les apparats dissimulent l'authenticité et la simplicité des caractères. Tout le monde ici est toujours si porté sur l'afféterie, sans une once de spontanéité véritable à même de nous les rendre vrais. Tous, ils m'insupportent. Si au moins ils me suggéraient cela chacun dans un registre propre ; mais c'est une lassitude globale qui me guette alors que rien ne les singularise vraiment sinon des variables de caractère calculées.


D'autant que cela m'est revenu lors de la scène navrante du Karaoké, mais Fujimoto a ici perdu en grâce au crayonné. Si je lui reconnaissais bien peu de choses à celui-ci, sinon de savoir paraître et ne s'illustrer que dans l'ostentatoire, je ne pouvais simplement pas faire l'impasse sur son sens averti de la scénographie. Or, de ce doigté, je n'en retrouve pas même une seule rognure d'ongle. C'est plat. Pas une aspérité n'est à déclarer, l'auteur a lissé ses formes quand il n'avait que ça pour séduire. Pour correspondre aux codes peut-être, rentrer dans le moule, quitte à se contorsionner jusqu'à se briser les vertèbres, il s'est conformé au cahier des charges attendu du Shônen contemporain, et il n'en demeura pas grand-chose. Un regard froid et désolé ne peut qu'admettre que Fujimoto s'est compromis et avili en se fourvoyant trop longtemps dans un registre Shônen étriqué. De là, je crois tenir une piste de ce qui justifia sincèrement ce qui pour beaucoup d'ingrats, tenait de l'injustifiable.


Son scénario, ici étalé sur un temps plus long que la partie précédente, participe à une longue rédaction du rien. Le temps passe et lasse, sclérose ce qui n'a rien à dire dans un long pourrissement verbeux où pourraient être résumés en un chapitre ce qui fut péniblement balbutié dans trois autres. Le rythme est stable, certes ; comme peut l'être celui d'une décomposition.


Même les interminables élans de frénésie s'occasionnent sans entrain, froidement et pour la finalité de ce faire. La passion est trop clairement absente de ce que je lis pour ne pas déceler dans l'écriture un épuisement de son rédacteur. Chainsaw Man est en train de tuer sous nos yeux son diable d'auteur, et la plèbe se réjouit du spectacle sans comprendre.


Quant au contenu – qui en appelle à un commentaire plus éloquent et acide – de ce qui constitua la fin... ce ne fut honnêtement pas terrible, tout au niveau de la conclusion du Shônen moyen. Ce qu'on y lit n'est alors écœurant qu'à condition de s'être trop investi dans une œuvre qui très objectivement, ne le méritait en aucune manière.


De tous ces lecteurs heurtés du point final, il en vient qui en témoignent, la larme à l'œil et le sperme au cul, pour mieux regretter la décadence d'alors.


« Ah j'ai connu un temps, mes jeunes amis, un temps béni, une ère heureuse, où monsieur Fujimoto vous démoulait en bouche un étron tout entier. À y mâcher à travers, on mesurait la consistance de son ouvrage ; chacun pouvait jurer du bout de la langue seulement à quel point l'intestin avait été laborieux dans ses détails. Et quoi, à présent ? Une chiasse rance et acide ? Ah, que je vous le dise, les heures de jadis nous furent si prospères... »
« Sans doute, et même que peut-être bien. Mais il vous chiait quand même droit dans le bec en ces deux occurrences, et vous l'aviez chaque fois encouragé à agir en ce sens. », répondais-je, insolent... quoi que pas si impertinent que ça.

Toute chute est plus heureuse à ses prémices, car l'atterrissage est encore loin ; atterrissage il se devra d'y avoir cependant. Lorsque la menace de s'écraser s'invite comme seule perspective, ce n'est alors pas les débuts de la dégringolade qu'il nous faut regretter ; mais le fait d'avoir si stupidement sauté en premier lieu.

Chainsaw Man n'a pas été mieux avant d'empirer le plus malencontreusement du monde. La décadence est pernicieuse et prend son temps. Elle se révèle en premier lieu par des petits relâchement qui n'ont l'air d'un rien, jusqu'à ce que tout s'affaisse pour mieux ramper. Seulement le début du déclin - c'est-à-dire le tout premier chapitre - en définissait son ultime aboutissement ; ce ne sont pas deux événements distincts, mais deux étapes participant d'un même processus. Chainsaw Man, s'il a déçu ses affidés les plus zélés, ne le doit qu'à son implacable constance. La chiasse était d'autant plus prévisible que je l'avais prévue dans ma précédente critique. Croyez-moi bien que j'en ai trouvé, des âmes saoules, venues baver et suinter la morve sur mon épaule le temps qu'ils se morfondent.


« Comment a-t-il pu nous faire ça ? »


Mais mes salauds, vous l'avez laissé vous abuser depuis le départ sans y trouver à redire, aussi s'il put infiltrer une phalange sans coup férir, qu'est-ce qu'il l'empêcha par la suite de vous insérer tout l'avant-bras ? Mais jusqu'au coude qu'il vous l'a mise ; et vous avez laissé faire, car trop permissifs et tolérants, disposés à tout recevoir jusqu'à découvrir sur le tard – le trop tard – que vous n'aviez pas assez d'endurance pour supporter toute l'abjection. Ce sort infortuné, vous l'avez plébiscité par années entières, que je ne vous trouve pas alors, penauds et contrits, l'œil humide et le tremolo en gorge, à me dire que vous ne l'avez pas mérité. Cette conclusion et ce qui l'a précédée ; ce fut-là votre juste châtiment. Tirez-en les leçons qui s'imposent quant à votre manque d'exigence, ou apprêtez-vous à revivre cette expérience mille fois encore. Et tenez-le vous pour dit : les prochains auteurs ne se limiteront sans doute pas au coude. Aussi soyez sévères et revêches ou assouplissez-vous pour que, par l'envers et sans vaseline, vous parvienne de nouveau le tout-venant.


Essayons-nous toutefois à la spéculation au terme de l'enquête critique ici conclue.


« Fujimoto se faisait chier ».


Quoi qu'on ait à penser de lui, l'avoir lu en maintes occasions contraint même ses détracteurs les plus impitoyables – et j'en suis, convenez-en – à admettre qu'il est un esprit créatif ne comptant que parmi les plus rares de son engeance. Même à faire le mal, il le fait joliment. Seulement pas ici.


S'essayer au Shônen aujourd'hui n'est plus une expérience aussi hasardeuse et créative qu'alors. Quant un Go Nagai se permettait des libertés scandaleuses – et pour de vrai en ce qui le concerne – pour des rendus légendaires dont Fujimoto s'est sans doute espéré l'héritier au moins lointain, ce même Go Nagai et consorts avaient le feu vert pour s'adonner au foutoir généralisé. Et pour de vrai !


Or, la conquête de l'Est s'est achevée. Les pionniers, dorénavant installés après avoir dompté un monde qu'ils ont exploré sans connaître de limites dans leurs œuvres, se laissent finalement aller au confort de l'explorateur devenu sédentaire. Les lois s'érigent, l'ordre s'instaure et un cadre restreint s'impose. Ainsi naquit l'ordre dit « civilisé », propre et chiant comme une averse sans fin.

Le Shônen s'est normé, les responsables éditoriaux ne s'essayant plus aux risques, mais ne jurant plus que par la rentabilité garantie des valeurs sûres et frelatées. Alors désormais qu'il faut colorier dans les lignes et pisser la lunette relevée, un monde créatif s'aseptise et se confond avec ses codes étriqués. Or, vous voudriez me faire croire que c'est dans ce contexte éditorial, qu'un auteur aussi libre de son crayon tel que Tatsuki Fujimoto se serait épanoui ? Je lui devine aisément par-dessus son épaule, un chargé éditorial – commissaire politique déguisé – lui dicter où et quand pisser jusqu'à lui passer le goût de la docilité.


Sans l'ombre d'une preuve, quoi qu'avec son lot de suspicions, je crois deviner dans cette conclusion arrivée là, n'est rien moins que le geste vif et agacé d'un homme qui en avait marre. De ça, et sans doute des délais éditoriaux insanes exigeant vint pages par semaine, ne laissant ainsi aux auteurs pas une seconde pour penser leur œuvre, ne pouvant plus que l'exécuter aveuglément dans une fuite en avant effrénée. Des instructions de chef d'usine adressées à un artiste ; il faut être fou. Fujimoto l'est peut-être bien devenu à force qu'on l'aliène de force. Togashi n'eut pas plus de patience en son jeune temps. Hasard ou non, il est aujourd'hui le seul auteur de Shônen du Jump à savoir et pouvoir imposer son calendrier pour prendre le temps de bien faire. Le résultat parle pour lui.


Vous qui avez agoni celui que vous avez adoré, pour le seul crime d'avoir commis un geste humain et compréhensible, lisez ici un critique qui l'a adoré de trop l'agonir : Tatsuji Fujimoto s'effaçait et crevait à feu doux, mariné dans l'encre d'une œuvre qui le consumait. Il n'y avait dans ses créations plus aucune idée de mise en scène, comble d'un auteur si bien destiné au cinéma ; c'était lui souhaiter le pire que de l'encourager à perpétrer davantage de chapitres de Chainsaw Man. Ne seriez-vous pas, vous qui comptiez parmi ses fidèles, des manants ingrats, que vous vous réjouiriez en principe pour lui ; pour lui et pour vous, car dorénavant privé de ce boulet au poignet que les prochains traits de ses esquisses promettent d'être plus libres. Mais ses lecteurs en sont-ils seulement dignes de lui, après qu'ils l'aient si longtemps loué pour le pire, en omettant de l'encenser pour le meilleur de ce qu'il avait pourtant à offrir ?


Il a chuté ? Eh. Il ne peut dès lors plus que rebondir. Je lui souhaite d'avoir les mains libres pour ses prochaines escapades illustrées.

Josselin-B
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le 28 mars 2026

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Josselin Bigaut

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