Pas vraiment fan de la démarche, malgré les bonnes intentions des auteurs. En effet, Art Spiegelman, fort de son succès avec son célèbre album qui a ouvert la voie officielle des romans graphiques, souhaitait prolonger cet état extatique pour le 9ème art : prouver que le roman graphique est une oeuvre littéraire qui a autant de légitimité qu'un roman tout court. On sent donc la volonté de donner définitivement ses lettres de noblesse à la bande dessinée, afin que "Maus" ne soit jamais considéré comme un accident. Sauf que c'est un peu maladroit. En effet, en voulant consacrer le roman graphique, au final, il le met à part de la bande dessinée traditionnelle, comme s'il y avait les bonnes et les mauvaises bd. Ensuite, en voulant absolument lier l'art séquentiel à la littérature, l'auteur ne fait que renforcer l'assujettissement du premier envers le deuxième, ce qui n'était pas l'idée de base. Un roman graphique peut bien sûr être une adaptation, mais forcer cette possibilité, c'est donner une mauvaise impression, celle que l'on court désespérément à la reconnaissance et que, peu sûr de ce qu'un auteur peut faire par lui-même, on va aller chercher de l'aide auprès des vrais auteurs. C'est ainsi que je le prends en tous cas. On va dire que la bonne chose, c'est qu'ils ont choisi un bon auteur. Par contre, la Cité de Verre n'était peut-être pas le projet le plus facile à illustrer.


Le scénario tient globalement la route. Mais là où il se vautre, c'est lors de la scène clé, ce passage où le personnage principal se perd dans sa quête et décide d'attendre, attendre, attendre, avant de se remettre à marcher et se rendre compte que la vie a passé. Dans le livre, on sent bien ce moment, on le comprend bien, sans doute parce qu'une page d'un roman peut contenir beaucoup de mot et beaucoup d'idées, alors qu'une page d'une BD est bien plus limité à cause de la coexistence du dessin. Certes le dessin peut faire passer des idées aussi, complémentaires du texte, mais pas autant que d'autres mots libéré de toute entrave visuelle. Et donc ce passage clé, on le perd, et la BD, si elle reste compréhensible, perd de sa sensibilité, de son émotion, ne parvient pas à toucher, à bouleverser autant que le roman. Et de là résulte un sentiment d'échec plus grand encore, celui que la BD ne parviendra jamais à égaler le roman.


C'est dommage parce que visuellement, Mazzucchelli a fait un superbe travail : un gros trait, des décors jetés mais lisibles, des ambiances new yorkaises plaisantes, des personnages au bout du rouleau. Le découpage est bien pensé, on croirait que l'auteur a tenté de mettre en pratique les conseils de Scott McCloud dans son 'Art Invisible'.


Bref, c'est une chouette BD mais qui échoue dans la reconstitution du climax.

Fatpooper
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le 23 févr. 2026

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