« Mes fils, Oruko Saki mérite de mourir pour ce qu’il a fait… » HAMATO YOSHI

En 2012, l’éditeur IDW Publishing obtient la licence pour publier une nouvelle série consacrée aux Teenage Mutant Ninja Turtles. L’objectif est de relancer la franchise en bande dessinée avec une continuité entièrement repensée, capable d’attirer à la fois les lecteurs historiques et une nouvelle génération de fans. La série propose un reboot narratif qui mélange de nouveaux éléments scénaristiques avec des références aux différentes incarnations des Tortues Ninja : les comics originaux de Mirage Studios, les séries animées et les adaptations cinématographiques. Le succès est rapidement au rendez-vous. Les ventes sont solides et la série reçoit un accueil critique très positif, notamment pour sa capacité à moderniser l’univers tout en respectant l’esprit de la création originale. Ce succès permet à IDW de développer un véritable univers étendu, comprenant plusieurs mini-séries centrées sur des personnages secondaires, des arcs narratifs de grande ampleur et même des crossovers avec d’autres licences.

Kevin Eastman et Tom Waltz choisissent de moderniser les origines des tortues en privilégiant une approche plus scientifique et contemporaine dans les premiers numéros. L’accent est mis sur les expérimentations génétiques menées par des laboratoires comme Stockgen et sur l’apparition du mutagène, donnant ainsi une explication plus réaliste à la transformation des tortues et de leur mentor. Cependant, à mesure que l’histoire progresse, les auteurs réintroduisent progressivement les racines japonaises de la mythologie des Tortues Ninja. Les éléments liés aux clans ninjas, aux rivalités ancestrales et aux traditions martiales reprennent une place importante dans l’intrigue. Des personnages emblématiques tels que Hamato Yoshi ou Oroku Saki font leur retour dans la continuité. Leur apparition marque un tournant dans le récit, car elle reconnecte l’histoire des tortues à une dimension historique et spirituelle, mêlant rivalités de clans, héritage familial et arts martiaux. Cette évolution narrative permet à la série de réconcilier deux approches de la franchise : d’un côté une origine modernisée et scientifique, et de l’autre les éléments mythologiques et culturels qui ont contribué à la popularité des Tortues Ninja depuis leur création.

En juin 2012, Les Tortues Ninja (Tome 2) : Ennemis un jour… est publié chez Soleil dans leur collection Soleil US Comics.

Dans ce second arc narratif, les scénaristes introduisent une idée particulièrement marquante pour l’univers : la réincarnation. Ce concept vient enrichir la mythologie de la série en liant directement le présent des tortues à un passé beaucoup plus ancien. Les auteurs nous transportent ainsi dans le Japon féodal, où se déroule une tragédie familiale impliquant le ninja Hamato Yoshi et son rival Oroku Saki. Dans cette version de l’histoire, les tortues et leur maître sont présentés comme les réincarnations d’anciens personnages humains, victimes d’un conflit ancestral. Cette révélation donne une nouvelle dimension à leurs relations et à leur destin. Certes, le thème de la réincarnation n’est pas totalement inédit dans la fiction, mais son utilisation ici est particulièrement efficace. Elle permet aux scénaristes de connecter les origines modernes et scientifiques des tortues avec une dimension historique et spirituelle. De plus, ce procédé introduit une narration alternant passé et présent, ce qui donne au récit une structure non linéaire riche et prometteuse pour la suite de la série.

L’une des révélations les plus marquantes de ce tome est l’apparition de Oroku Saki, plus connu sous l’identité redoutée de Shredder. Son absence dans le premier volume pouvait sembler étonnante, tant ce personnage est indissociable de l’univers des Tortues Ninja. Son introduction se fait cependant de manière particulièrement forte. Dans les scènes se déroulant dans le Japon féodal, Oroku Saki est présenté comme un chef de clan impitoyable et redoutable, animé par une ambition et une cruauté sans limites. La planche dans laquelle il ordonne l’exécution des fils de Hamato Yoshi est d’une brutalité saisissante et pose immédiatement les bases de sa personnalité. Cette scène joue un rôle fondamental : elle installe Oroku Saki comme l’antagoniste majeur de la saga, un ennemi dont la haine et la rivalité traversent les siècles. Grâce à cette introduction percutante, les auteurs renforcent considérablement la dimension tragique du conflit entre les deux clans.

Au-delà de l’action et des révélations scénaristiques, ce volume se distingue par son fort ancrage dans les thématiques familiales. La notion de famille se décline sous plusieurs formes et constitue l’un des fils conducteurs du récit. On retrouve évidemment la relation entre Splinter et les tortues, qui dépasse le simple rapport maître-élève pour prendre la forme d’un véritable lien parental. Splinter agit comme un guide et un père adoptif pour ses quatre élèves, cherchant à leur transmettre des valeurs autant que des techniques de combat. En parallèle, les flashbacks consacrés à Hamato Yoshi mettent en lumière son attachement profond à ses enfants, ce qui renforce encore la dimension tragique de leur destin. Le récit explore également les relations familiales plus complexes, notamment celles de Casey Jones avec son père violent. Ce contraste entre la famille dysfonctionnelle de Casey et la famille soudée formée par les tortues souligne les différentes formes que peut prendre la notion de filiation. Enfin, l’histoire met en parallèle deux situations opposées : Casey, qui a perdu sa mère, et April O'Neil, qui découvre de nouvelles vérités concernant la sienne. Ces éléments renforcent la dimension émotionnelle du récit.

Au fil des chapitres, on sent clairement que l’univers narratif s’étoffe. Les relations entre les personnages deviennent plus complexes et plusieurs intrigues secondaires commencent à se développer. La relation entre Casey Jones et April O'Neil prend ainsi davantage d’importance. Leur amitié naissante apporte une dimension plus humaine à l’histoire et prépare des développements futurs. Dans le même temps, la menace extraterrestre se précise avec l’arrivée sur Terre du mystérieux General Krang, ce qui ouvre la porte à des intrigues mêlant science-fiction et conspiration. Du côté des tortues, leur individualisation devient plus marquée. Chaque membre du groupe affirme progressivement sa personnalité et son rôle au sein de l’équipe. Le changement de bandeau, qui passe du rouge uniforme à des couleurs distinctes, symbolise justement cette évolution.

Dan Duncan et Mateus Santolouco (ponctuellement aidé par Kevin Eastman lui-même) ont des styles graphiques assez proches, ce qui permet de maintenir une homogénéité visuelle satisfaisante tout au long du volume. On retrouve le même type de dessin que dans le premier tome : un trait relativement brut, nerveux et dynamique, parfaitement adapté aux scènes d’action. Les combats sont bien mis en scène et bénéficient d’un découpage efficace qui accentue le rythme du récit. Cependant, certains aspects peuvent sembler un peu moins aboutis. Les décors et arrière-plans apparaissent parfois minimalistes, ce qui peut donner l’impression d’un univers un peu vide dans certaines planches. Malgré cela, la narration graphique reste solide et lisible. Le passage se déroulant dans le Japon féodal constitue sans doute l’un des moments visuellement les plus réussis du tome. L’ambiance y est particulièrement soignée et renforce la dimension dramatique de cette partie du récit.

Les Tortues Ninja (Tome 2) : Ennemis un jour… confirme la solidité de la relance orchestrée par IDW Publishing. Grâce à l’introduction du concept de réincarnation et à l’arrivée d’un antagoniste majeur comme Shredder, la série gagne en profondeur et en ambition narrative. Le récit parvient à équilibrer action, développement des personnages et construction d’un univers plus vaste. Les thématiques familiales apportent une dimension émotionnelle intéressante, tandis que les différentes intrigues mises en place laissent entrevoir un futur riche en confrontations et en révélations. Ce tome s’impose comme une étape importante dans la construction de la nouvelle continuité des Tortues Ninja, confirmant que cette relecture moderne par Kevin Eastman et Tom Waltz possède toutes les qualités nécessaires pour séduire à la fois les fans de longue date et les nouveaux lecteurs.

StevenBen
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Créée

le 3 août 2023

Modifiée

le 12 mars 2026

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Steven Benard

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