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le 22 août 2020
SuivreLost hero Inuyashiki
Au bout de 4 volumes, la flamme s'est éteinte. Passé un premier tome assez efficace et incongru, dans le plus pur style Oku, Gigant se lance dans un imbroglio difficile à comprendre, pas aidé en cela...
Voudriez-vous aborder Gigant sans adresser un procès d’intention liminaire à son auteur que vous ne pourriez pas le faire. Pas après avoir lu Gantz, non, certainement pas. Supposez que quelqu’un d’autre ait prêté ses crayons et son style à Hiroya Oku que vous auriez su, de toute manière, que l’œuvre était de lui, même s’il ne l’avait pas signée. Ce n’est pas tant qu’il a un style scriptural – oh bon Dieu non – mais qu’on devine son passage au même titre que celui d’un tueur en série. « C’est sa marque, y’a pas de toute » qu’on se dit, écœuré devant le chantier qu’on nous présente. Et je vous parle d’un criminel aux penchants libidineux très excessivement prononcés. Car c’est de là qu’elle part sa signature à cet auteur : de son zgeg.
Vous pouvez ne pas me croire, mais ce style sursaturé d’effets graphiques par ordinateurs, en son premier temps, fut plutôt innovant. Ça avait son charme de par le primeur du concept à l'aube du deuxième millénaire. Puis une fois qu’il fut itéré, on perdit pour lui tout attrait dès lors où il n’avait plus rien de nouveau. Il ne faut jurer de rien, tout prête cependant à penser que Hiroya Oku, en s’étant si bien rendu prisonnier de ses instruments informatiques, n’est finalement plus qu’une variable à leur service. De là sont dessin n’a plus évolué, comme resté statique dans une matrice programmée pour demeurer invariable.
La vie apparaît soustraite à ses œuvres, il n’y a pas de souffle, rien que des grincements mécaniques pour donner le change. Ça aide franchement à s’en détourner. Avant même d’aborder ce qui tient de… l’intrigue ? Le point d’exclamation se justifie par ce qui suit.
Ne tombons pas des nues en candides outrés, Hiroya Oku n’a jamais été foutu de bricoler convenablement ses scripts. Gantz se lisait et s’appréciait pour un semblant de mise en scène et le frisson de potentiellement perdre des protagonistes majeurs. Évacuez ces seuls éléments, et vous aviez presque droit à un demi-porno entremêlé d’hémoglobine alien. Inu Yashiki, je n’en parlerai pas pour en avoir déjà parlé, et ne pas avoir à user plus de bile sur ce que j’ai fini d’agonir.
Je disais de cet auteur qu’il était libidineux… aussi n’ai-je pas trouvé surprenant de sa part, encore moins innocent, qu’il opta pour une actrice porno afin de partager l’affiche avec le héros. Qu’elle soit ce qu’elle est, du début à la fin de ce qui se présente comme une histoire, n’aura aucune pertinence eu égard à l’impact sur la trame. « Lol, ce serait cool qu’une actrice porno soit une héroïne pour faire des combats géants à Tokyo » s’est dit l’auteur. On a des projets à la hauteur de son envergure, j’imagine.
Et quel héros que voilà ? Un Kei Kurono avec moins de défauts et BEAUCOUP plus de larmes. Bien que cela fut omis lorsque j’évoquai le script, il va sans dire que l’auteur n’est pas non plus foutu d’écrire ses personnages pour les rendre intéressants. Vous êtes une femme ? Erreur. Car si vous vous reflétez dans les prunelles d’Hiroya Oku, vous n’êtes qu’une cruche une fois portée sur les planches. Son cheptel féminin, dans ses œuvres, en témoigne. Les mâles n’étant pas en reste pour ce qu’ils ont de terne et placide, aussi glacés que les effets numériques qui composent leur environnement. Pour une œuvre où il y a tant de cul, la testostérone y est basse ; la passion tout autant.
Inutile dès lors de préciser que la narration y est monotone, mécanique là encore – là toujours – pour ne jamais susciter le moindre sentiment au lecteur. Même BLAME! dégage davantage de chaleur humaine de ses pages, bien que l’auteur fit absolument tout pour se concevoir comme glacial. C’est à ce point-là. Et avec une actrice porno géante comme héroïne.
Comble de l’inélégance, car c’est encore ce qui caractérise le mieux l’auteur, celui-ci s’abaisse à une référence à un de ses anciens mangas dès son premier chapitre pour récidiver encore plus disgracieusement au deuxième chapitre et même au quatre-vingt septième. Se référer à soi-même, c’est un haut-fait comptant parmi les plus glorieux dans le registre de la cuistrerie assumée. Je vous assure que je souhaitais détourner le regard tant c’était grossier à lire.
Le caractère superficiel et même artificiel des relations humaines ici exposé me conduirait presque à penser que l’auteur n’a jamais interagi avec un autre être humain dans sa chienne de vie. Certes, il y a un peu de vrai dans les comportements qu’on observe ; mais ça dérive toujours à une vitesse folle.
Afin de sauver les âmes perdues qui, en mentant outrecuidamment, chercheront à nous assurer qu’ils ne lisent Gigant que parce que le protagoniste souhaite devenir réalisateur, je renverrai ceux-là – et à coup de pied au cul s’il le faut – vers quelques plus saines lectures traitant du cinéma amateur. Sans porno ajouté, cela va sans dire.
Les œuvres d’Hiroya Oku ont cependant un intérêt pour elles qu’elles se lisent à une vitesse hallucinante. Il y a si peu de contenu véritable que les pages nous ruissellent presque dessus. Et c’est tant mieux. Parce que personne ne souhaite s’éterniser en la présence d’un auteur pareil le temps de se faner ses œuvres. Un bon point pour monsieur Oku, un !
Excrémentiel jusqu’au bout, assumant sa pure nature en l’exhibant dans son œuvre, il se met, littéralement, à pleuvoir de la merde. Personne n’en parle le lendemain. L’air aurait dû être empuanti conséquemment, le débarras aurait dû être laborieux et les conséquences sanitaires indéniables. Non. Pas ici. Il a plu de la merde dans une mégapole et trois cases plus tard, tout était passé grâce à un coup de jet d’eau. Et il semblerait que tout le monde s’en foute.
Est-ce parce que le manga dans lequel ils sont est si merdique que l’odeur ne les indispose pas ? La question est entière.
J’apprécie néanmoins le concept du sondage dont le résultat advient en fonction du choix de la majorité. Voyez qu’on peut parfois tirer du positif d’une œuvre de Hiroya Oku. Du séropositif surtout, mais… enfin, tout n’est pas à jeter.
Ce personnage principal qui, littéralement, pleure si fort et longtemps, qu’une fille consent à sortir avec lui pour le faire cesser. Quelle genre de leçon l’auteur livre à la jeunesse en mettant en exergue ce genre de comportement, avec en plus une issue heureuse à cette relation ? Il y a pas mal de morales à tirer de toute œuvre, et parfois des sévères. Que dois-je en retirer ici ?
« Demande à la gentille actrice pornographique de ton quartier de bien vouloir sortir avec toi – c’est une valeur sûre – et pleure jusqu’à ce qu’elle accepte, puis votre vie, de là, sera un paradis de tous les instants. »
Bordel...
Bor-del !
Et nous renouons avec cet art ancestral narratif qui consiste à ce que les choses se passent… sans que rien ne se passe. On peut passer aisément trois à cinq chapitres d’affilée en se demandant ce qu’on a gagné d’intrigue pour se rendre compte que tout ce qui s’y est passé peut être synthétisé en une courte phrase. Qui, sincèrement, supporte cette manière de modeler un récit où rien ne se passe ?
Parfois, il se passe des choses ; tardivement. Et c’est justement là qu’on se met à regretter les périodes où rien, jamais, n’advenait. Créatures géantes, robot géant… Satan... d’accord, on transpose Ultraman dans un contexte éditorial plus contemporain ; on déconstruit le genre pour le ré-assaisonner façon nouvelle cuisine. Le principe ne m’indispose en rien, ça a même déjà donné de bons succès critiques, mais c’est ici affligeant et même ennuyant.
Les combats sont anesthésiés, leurs prétextes tombés du ciel et la population qui s’éprouve à leurs conséquences agit de manière chaque fois irrationnelle, rompant avec tous les canons de la logique la plus élémentaire. Je sais que les Japonais sont Japonais, et que ça ne doit pas être facile à vivre tous les jours, mais je pense pas qu’ils soient idiots au point de vouloir par exemple condamner à mort celle qui les a sauvés d’un cataclysme surnaturel au prétexte d’une tentative d’insurrection terroriste qui n’a aucun sens.
Le site ETE était une intelligence artificielle avec les visages de Platon et Socrate. Écoutez… ça peut pas être plus con que les révélations derrière Gantz, donc je capitule sans un mot. Si tu veux, Hiroya je… j’ai même plus la force de soupirer. Ta victoire sur moi a été acquise à l’usure, je ne sais pas si je dois t’en féliciter.
Du fait d’un voyage temporel globiboulguesque, Chiho finit par oublier le pauvre Rei. Oh, que c’est triste. Oui, qu’il est triste que l’auteur ait encore employé une ficelle grossière d’un de ses anciens mangas. Bon Dieu, Hiroya, tu croyais qu’on avait oublié l’arc narratif où Tae oublie Kei par la faute de Gantz ? Même si ce ne sont pas les mêmes ressorts employés, l’effet de la machinerie reste invariablement le même.
Puis ça finit bien. Ça finit toujours bien. Je discutais récemment avec des connaissances, et l’un d’eux me disait que les Japonais se foutaient de savoir terminer une histoire. C’est une récurrence que je dois accuser chaque fois que s’achève un manga. Au moins, avec Gigant, on ne tombe pas de très haut, la fin est à la mesure du reste et chacun comprendra que je ne l’encense pas en soutenant cela.
Donc la pétasse se souvient du chialeur par magie et fin. Vous êtes contents ? Évidemment que vous êtes contents, vous n’avez pas eu à lire ça pour la plupart. Encore une mine que je désamorce pour que vous n’ayez pas à sauter dessus. Encore une signée Hiroya Oku.
Créée
le 29 août 2026
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