" J'aime les requins mais ils ravagent nos écoles, hôpitaux, routes." Sharknado 2, Anthony C. Ferrante, 2014
Bien longtemps avant que les monstres aquatiques dévastent des infrastructures et bouffent les gens dans des endroits improbables comme l'espace, le ciel ou le sommet des montagnes neigeuses (lieux où il ne sont pas censés être), la littérature, la BD et le manga abordaient déjà le monstre aquatique dans l'imaginaire, soit sous forme extrapolée, soit sous forme complètement inventée. On pensera à Moby Dick de Melville, au Swamp Thing de Alan Moore, à la plupart des oeuvres de Lovecraft, à La Peau Froide de Sanchez Pinol, etc...
Mais si le cinéma de sharkploitation se targue d'avoir tiré profit de l'imaginaire en mettant en scène des requins pieuvres, des requins zombies ou des requins fantômes, Junji Ito n'a rien à leur envier en inventant ses poissons à pattes.
Gyo est une plongée dans un cauchemar aquatique, où des poissons et autres créatures marines, munis de membres bizarres, envahissent le Japon. Ces monstres, propulsés par des dispositifs mécaniques grotesques, incarnent une terreur inédite, mêlant la peur de l'inconnu et une critique acerbe des manipulations scientifiques.
Junji Ito pour transmettre l'odeur horrible qui règne dans son oeuvre, utilise tout le vocabulaire de la puanteur avec des excès de répétitions et par le dessin, avec une quantité de "vaguelettes" et lignes ondulés qui montrent à quelle point ça sent fort le poisson pourri...
L'image du requin qui sort de la plage avec ses 4 pattes est digne d'un film de série Z tels que Sand Shark ou Avalanche Shark. Mais bizarrement, ce qui prête à sourire dans les films du cinéma Bis, l'est beaucoup moins ici... Surtout quand cela bascule avec son histoire de gaz et de bactérie, Junji Ito ne joue plus avec nos peurs traditionnelles et imaginaires du monstre aquatique: il exploite carrément une terreur psychologique et visuellement dérangeante...
En créant un environnement où la technologie et la biologie se mêlent de manière inquiétante, l'auteur reste dans les clichés de la sharksploitation offrant une critique sombre des excès de l'expérience scientifique et de la dégradation écologique. Mais c'est à travers sa fidélité au surréalisme (la quantité de poissons, les corps boursouflés et décomposés, les traits des personnages déformés par l'horreur et cette quête d'amour perdu à travers un paysage chaotique et dénuée de bon sens) que Junji Ito montre sa supériorité artistique.
Le passage sous le chapiteau du cirque est simplement hallucinant!! C'est un génie du cauchemar !!!!