L'auteur à succès Tom King propose un récit qui avait tout pour me séduire. L'ouvrage rend hommage à la littérature pulp des années 1920-30 et évoque indirectement Robert E. Howard, l'un des pères de l'heroic fantasy et créateur de Conan le Cimmérien (entre autres), l'un de mes auteurs favoris. Difficile, donc, de ne pas être immédiatement attiré par la promesse.
Cette histoire est donc celle d'Helen, la fille d'un écrivain pulp qui s'est suicidé avant de connaître le succès mérité. Orpheline de mère et désormais de père, elle rejoint le mystérieux manoir de son riche et énigmatique grand-père. Adolescente tourmentée, alcoolique, en révolte permanente, elle semble voir des monstres et provoque sans cesse ses tuteurs. Pourtant, son grand-père ne paraît guère inquiet… et l'entraîne finalement dans ses propres aventures dans un univers d'heroic fantasy où il est un héros digne des récits pulp de son fils. le récit aborde ainsi les liens familiaux, ou leur absence, l'adolescence, le deuil et le besoin d'évasion. L'approche méta de la littérature pulp, jouant sur la mise en abyme et la frontière entre fiction et réalité, est indéniablement intéressante.
Pourtant, malgré cette ambition, je n'ai pas totalement su ce que l'oeuvre cherchait à raconter. le récit prend son temps, entretient ses mystères, propose des personnages originaux, mais le scénario ne m'a pas semblé tellement riche au final, ou peut-être suis-je simplement passé à côté de certaines subtilités. J'en ressors avec une légère impression de “tout ça pour ça”. Quant au dessin, salué par la critique et récompensé par un Eisner Award, il ne m'a pas totalement convaincu non-plus, mais là il s'agit vraiment d'une histoire de goût. Les décors sont travaillés, l'identité visuelle forte et singulière, mais j'ai souvent trouvé les visages un peu disproportionnés. Rien de rédhibitoire, mais cela a contribué à m'empêcher d'avoir le coup de coeur espéré.
Helen of Wyndhorn est une oeuvre à part, originale, qui remet à l'honneur l'heroic fantasy pulp avec sincérité et respect. Même si l'émotion n'a pas été au rendez-vous pour moi, le roman graphique mérite son succès et d'être découvert, ne serait-ce que pour sa proposition singulière et son hommage à un genre littéraire que j'affectionne particulièrement.