Évacuons l’évidence en faisant fi de l’élégance ; le dessin est infect. Me rappelant tout et rien à la fois – surtout « rien » à dire vrai – il est la quintessence du character design manga le plus grotesque et caricatural qui soit. Un, dont ledit paysage manga est apparemment tapissé du sol au plafond chaque fois que je survole les couvertures de sites de lecture manga. Médiocre et daté, quoi qu’il était dans les tons de son époque, plaider en sa faveur, c’est se faire le rédempteur de l’infamie et du mauvais goût. La décision, ainsi, tombe présentement comme une loi d’airain et ne souffrira d’aucune contestation valable ou juridiction d’appel : rien n’est à sauver dans ce qui s’esquisse, et tout y sera à déplorer.
Voilà qui est dit, voilà qui est fait, aussi chroniquerons-nous à présent les déboires de High School of the Dead sans plus s’attarder sur la mine du crayon.
Oui, de déboires, de l’un en particulier, High School of the Dead en fut la cible tristement désignée. Daisuke Satô, auteur des romans duquel Shôji... Satô – tiens ? – permettez que je m’interrompe, il me fallait effectuer les vérifications d’usage. Shôji Satô, au dessin, n’est autre que le frère cadet de l’écrivain. Ainsi pouvons-nous comprendre pour quelle raison spécieuse le choix fut porté sur lui pour si mal illustrer l’écriture de l’auteur. Dites-vous bien que dès lors où quelqu’un sait jouer du crayon et s’empare d’un roman signé Daisuke Satô, le résultat peut avoir de quoi confiner au prodige. D’où l’inexorable sentiment de gâchis qui vous gâtera la lecture de la savoir si mal rapportée sur les planches. Pensez bien que quand un dessinateur – qui ne doit sa carrière qu’au népotisme – est présenté sur Wikipédia comme « mangaka japonais ayant réalisé plusieurs illustrations hentai et non-hentai » dans cet ordre-ci, les appréhensions d’usage revêtent un caractère inéluctable.
Disgrâce suprême – j’en reviens à ce que j’écrivais avant l’incise – Daisuke Satô sera mort prématurément sans pouvoir achever l’écriture de son œuvre. Son frère, alors, ne se sentit pas de s’improviser Akio Tanaka – surtout que graphiquement, c’est déjà plié – et de reprendre l’œuvre en solitaire. Aussi j’entame un manga dont je sais qu’il demeurera inachevé à jamais. De quoi, nécessairement, entamer sa note. Pas autant que le dessin qui, lui, est franchement rédhibitoire, mais une œuvre dont on sait qu’elle n’aura jamais de fin se note sur huit. C’est une convention que j’impose. L’ONU ratifiera ça en temps voulu, lorsque j’aurai pris son conseil de sécurité en otage.
Oh bon sang le découpage des planches. C’est entendu, on avait dit « pas le dessin, c’est pas charitable », mais c’est un sacré foutoir qu’on observe là. On le sait auteur de hentais l’homme-là, comment Diable voudriez-vous garder une érection devant un paneling aussi mal agencé que celui qu’on trouve ici, je vous le demande ? La parole est aux érudits, la section commentaire vous est acquise.
Scénographie et dessins oblige, la menace zombie ne sera jamais menaçante, presque anecdotique, y compris dans les instants supposés les plus haletants.
C’est donc une affaire de zombies… mais c’en est une qui roule et se lit à ses débuts tragiques. Avec ses insupportables écueils. Vous voulez savoir qui aura un rôle dans ce bahut en voie au désastre ? Suivez le code capillaire. Lequel ? Celui qui se présente de telle sorte que les personnages avec des coiffures étoffées et colorées soient ceux sur le point de s’en sortir.
Mes aïeux, que cela est grossier.
Les personnages présentés, quand ils ne sont pas insipides, s’avèrent inutilement pompeux et bruyants, agissant en parfaites caricatures. Il n’ont rien de réel au ou d’authentique, ce qui nous conduit à nous désintéresser de leur sort, incapables que nous sommes d’éprouver une quelconque forme d’empathie pour un ramassis de personnages si éloignés de nous. Rien que le méchant s’impose à nous sans nous laisser un instant de doute quant à déterminer quelles sont ses intentions.
Mes aïeux… que cela est grossier.
Attendez une minute. La grossièreté, la bassesse scripturale et graphique, la médiocrité ainsi exprimée au mégaphone… tout ça ne m’est pas étranger. J’ai vraiment le sentiment de lire Arena. Bon sang, il s’est trouvé un mangaka pour faire aussi bien que Le Chef Otaku sur le plan de la création. C’est prodigieux, quelque part. Je ne sais pas où exactement, mais ça l’est.
Avec, pour napper d’étrons un gâteau à la merde, des couvertures présentant des lycéennes aux proportions irréelles dans des tenues déchirées afin de laisser peu de place à l’imagination. Notez que, de l’imagination, il ne faut guère en avoir à sa disposition pour proposer une telle exhibition de mauvais goût. Et c’est sans compter la complaisance d’un ecchi graveleux et lamentable advenu dès le deuxième tome, toute la plèbe nichonnée s’en allant défiler nue sous un tablier de cuisinière. Et dès le tome 3, ça vire déjà à l’orgie dans le bus. Monsieur Satô le cadet aime décidément à nous rappeler qu’il était démiurge de quelques graffitis pornographiques dès que l’occasion s’y prête. On trouve ses honneurs là où on peut, quitte à fouiller dans le caniveau pour certains.
L’aspect survie ? Tirez la chasse, voilà qu’on défouraille très vite à l’arme automatique sur les cadavres ambulants.
Comment diable l’écrivain même de Imperial Guards a pu nous agonir d’une telle déjection scripturale ? Lire Highschool of the Dead contribue pour beaucoup à faire relativiser sa mort. Considérant le niveau d’écriture employé jusqu’à lors, son frère, ou même un chimpanzé d’ailleurs, aurait été amplement suffisant pour conclure la série sans se risquer à trahir la « qualité » qui sévissait jusqu’à lors.
Il n’y a aucune détresse à l’horizon, ni aucun aléas réel alors que la question de la subsistance alimentaire par exemple n’est jamais un inconvénient pour eux. Le petit groupe de protagonistes ne connaît aucune perte dans ses rangs bien que le scénario apocalypse zombie soit pourtant celui qui se prête le mieux à l’élagage du casting. Y’a aucune audace ni prise de risque, on fraye en apnée très en-dessous de tout, et ça nous dure sept tomes…
Tome quatre – je vous communique en temps réel la débâcle – on en est à faire de l’essayage de tenues érotiques pour les héroïnes. Une foultitude de créatures affamées rôde autour, mais c’est bien le moment de se la jouer Pretty Woman. Pensez donc que l’auteur n’avait pas bandé depuis trente pages au moins, il lui fallait nous faire pleuvoir la volupté criarde de ses errements libidineux. C’était d’une impérieuse nécessité apparemment… pour passer pour le dernier des beaufs sans doute.
Et pour ne rien arranger, le pitoyable s’agrège à la chienlit. Voyez Hirano, ce personnage d’Otaku un peu grassouillet avec ses lunettes, son embonpoint et ses cheveux longs et gras… il devient si parfait à chaque nouveau tome qui vient que j’ai cru y voir une transposition du dessinateur dans l’œuvre. Puis je vis la photo dudit Shoji Satô, j’eus ainsi la certitude qu’il se fantasmait au travers de son abjection dans un pareil personnage. Que c’est triste d’en être rendu là, très franchement.
Puis… se planquer dans un centre commercial en pleine pandémie zombioïde ; en voilà une idée qu’elle est originale.
Je disais de Highschool of the Dead qu’il avait fait aussi mal que Arena, mais je puis affirmer à ce stade qu’il a fait pire. Bien pire. Informe, infect, infoutu d’impulser un quelconque autre sentiment que la consternation qu’on éprouve à son égard, pour son absence de scénario et d’écriture, Highschool of the Dead n’est finalement digne que d’être voué à l’indignité résonnant au désastre qu’il suggère. Parfois, des auteurs de génie partent prématurément, après avoir marqué leur époque comme personne auparavant. Mais pas toujours. Parfois, la mort d’un auteur n’est pas un drame. C’est terrible à dire d’un malheureux ayant expiré à cinquante deux ans seulement, mais mieux valut qu’il ne poursuivit pas la débâcle.
C’est curieux. Pris individuellement, Daisuke Sato et Itoh Yu n’ont suscité que le mépris ou l’indifférence, mais combinés, ils ont donné lieu à cette petite pépite du doux nom d'Imperial Guard. C’est dingue ce à quoi deux visions croisées peuvent aboutir lorsqu’elles regardent au bon endroit.