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le 9 nov. 2014
SuivreUn projet bâclé
Chambouler l'univers Marvel. Voilà une idée sympa ! à condition de connaître un peu cet univers. Pas de soucis pour moi. Ma jeunesse a baigné dans les comics. C'est la raison pour laquelle House of M...
Chaque année, je découvre une poignée (si tant est qu'on puisse parler de poignée) de comics : aujourd'hui, c'est au tour de l'event House of M, scénarisé par Brian Michael Bendis (auteur prolifique des Avengers, et plus encore des Ultimate) et dessiné par le Français Olivier Coipel (qui a beaucoup bossé sur Thor avant de se lancer dans The Magic Order en 2019 avec Mark Millar), de passer entre mes mains.
Pour commencer par ce dernier, j'ai trouvé son dessin tout autant détaillé qu'académique. Je n'ai pas grand-chose à lui reprocher, mais je n'ai pas non plus été subjugué ni surpris par son trait. Je serais même tenté de dire que j'ai préféré les couvertures d'Esad Ribić… m'enfin, ce serait un peu bâtard de ma part de confronter celui qui doit remplir 24 pages à celui qui doit n'en remplir qu'une seule. Quoique je dis ça, mais je tiens à noter qu'en termes de composition des planches, le dessinateur arrive à jouer avec les doubles pages, à jongler de gauche à droite tout en incrustant des cases en plein milieu, sans que le comics perde en lisibilité. Dans une interview datée de 2010, Bendis parlait de « mises en page circulaires » pour évoquer le travail de son collègue, et je pense que ça correspond bien au travail du bonhomme, qu'il s'agit là de sa plus grande originalité en terme de composition : le détail sur lequel son académisme se fait le moins ressentir pour recouper avec ce que j'ai dit plus haut.
En ce qui concerne l'écriture de ce House of M, event oblige, il se passe pas mal de choses… trop peut-être ? Le comics vendu dans le commerce regroupant 8 numéros, je dois avouer qu'à plusieurs reprises je me suis dit que c'était quand même un peu léger pour traiter à la fois :
Parce que s'il y a bien un point sur lequel je ne peux pas critiquer House of M, c'est sur son absence de matière, de thématiques : le problème serait presque inverse. Outre le questionnement autour de la neutralisation ou non de Wanda (qui mérite d'être posée mais qu'on sait aussi qu'elle sera vite répondue), le fait est que la réponse de cette dernière (tout du moins d'elle et de son frère Pietro) s'avérera être un échec immédiat. L'ironie étant qu'en donnant aux mutants ce qu'ils ont toujours voulu, une sorte de grand What if ?! pour tous, elle donne sa mémoire à Logan, révélant la faille de son illusion tout juste après cette dernière mise en place.
C'est à partir de ce moment-là que le comics s'accélère inutilement, qu'il se révèle bien trop court compte-tenu des thématiques qu'il aborde et qu'il aurait pu aborder. Déjà avec l'arrivée de Layla, contrepoint de Wanda, qui surgit littéralement de nulle part, dont le pouvoir est de détruire le consentement de cette réalité qu'avaient nos super-héros du jour avec l'illusion créée par Wanda. Un problème qui aurait justement mérité d'être vraiment posé : peut-on réellement consentir à une réalité lorsqu'on ignore qu'elle est fausse ? Ce même déconsentement qui s'enchaîne d'un héros à un autre, avec quelques questions posées par certains, certes (Jessica Drew), et des regrets éprouvés par d'autres (Peter Parker), mais qui n'est jamais réellement abordé ou remis en cause : à vrai dire, concernant les éventuelles questions qu'on aurait pu se poser, les auteurs nous disent très clairement qu'« on verra le moment venu ». Ce n'aurait pourtant pas été déconnant que quelques-uns se rangent du côté de Wanda tout en ayant conscience de la réalité. Bref, pour le dire autrement, on passe en quelques pages seulement de l'illusion, à l'acceptation de la dure réalité, à « pétons ensemble la gueule de Magnéto ! »
Pétage de gueule de Magnéto qui n'est d'ailleurs pas tant un pétage de gueule que ça. Scott briefant ses compagnons en leur disant de se « libérer de toute contrainte morale », pour que finalement tout le monde attaque de front comme des débiles, sans que le combat se termine dans le sang pour autant. D'un côté, Bendis ne tente pas la confrontation morale, intellectuelle, avec Magnéto ; de l'autre, il ne profite pas de cet affrontement de front pour dessouder quelques dizaines de mutants au passage. Un entre-deux qui ne fonctionne pas, en somme, qui n'est, de surcroît, pas la partie la mieux exploitée par Coipel non plus.
Difficile de ne pas y voir (et ce ne serait pas la première fois) une contrainte de l'éditeur, celle de bouleverser l'univers en un temps bien trop court, en seulement 8 numéros.
Malgré le faible nombre de tomes, certains thèmes ont pu toutefois être approfondis, ou ne nécessitaient pas de l'être davantage, à commencer par tout ce qui entoure Magnéto. House of M assumant la victoire unilatérale de Charles Xavier, malgré son absence, sur celle de son frère ennemi. Ce dernier, au sommet de ce nouveau monde dont il a toujours rêvé, n'a finalement fait qu'inverser les rapports de domination, infliger à l'homo sapiens ce qui était autrefois infligé à l'homo superior. En témoigne la présence de ces colosses-sentinelles qui m'ont immédiatement fait penser à celles présentes dans le film Days of the Future Past (ma seule référence… c'est dans ces moments-là que je dois rappeler que je n'ai pas lu des tonnes de comics ?), traquant et éliminant non plus les mutants, mais bel et bien les humains. Autrement dit, Magnéto est à la tête d'une société qui ressemble à ce que ses ennemis craignaient qu'il construise. Défaite d'autant plus ironique que ce même Magnéto finit par perdre ses pouvoirs, rester avec la majorité dominante, certes, mais en passant de l'autre côté. Défaite triplement ironique quand on constate qu'on est là davantage face à un conflit familial irrésolu (et qui le sera encore moins une fois le comics achevé), qu'à une sorte de conflit interplanétaire avec un méchant sorti dont on ne sait où.
House of M reste une bonne lecture malgré tout, mais je dois avouer que je regrette un certain manque d'approfondissement, que le comics donne trop rapidement des réponses qui auraient gagné à être approfondies, à la rigueur au moins rester ouvertes. Probable que les numéros qui suivent aient répondu à certaines de mes questions, qu'ils approfondissent certaines des thématiques, reste qu'en ce qui concerne House of M, et House of M seulement, il anque un petit quelque chose.
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il y a 6 jours
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le 22 mai 2013
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