Quelque chose pourrit. Quelque chose de noir, de visqueux, de vénéneux, qui prolifère sous la peau et semble attendre son heure pour crever la surface. Un mal séculaire qui hurle sous les fondations du mélancolique Manoir.


Avec Hysteria, Élizabeth Holleville s'empare des codes de l'horreur gothique pour composer un cauchemar où les songes s'imbriquent aux pressions sociales que peuvent encore subir les femmes en ce qui concerne la question de la maternité. Une mécanique viciée, baignée dans une atmosphère de décrépitude qui convoque aussi bien le Crimson Peak de del Toro que les obsessions paranoïaques de Polanski, la colorimétrie criarde des œuvres d'Argento ou le malaise propre à l'univers d'Ari Aster.


Le Manoir, véritable trope du genre, reflète derrière ses murs décrépis le reflet d’un enfermement plus intime qui va insidieusement enserré son chagrin autour de Garance, scénariste de 35 ans en plein processus de création pour son prochain court-métrage.


Issue d’une famille orthodoxe, notre héroïne cherche à échapper à la tradition et à vivre une existence qui ne répondrait plus aux normes de ses pairs. Au cœur de ce conflit, une injonction aussi vieille que tenace : celle de devenir mère. La culpabilité tartine ainsi le récit, entre la mort de sa propre mère et le refus d’en devenir une à son tour. Le surnaturel, outil de prédilection du conte, permet alors de déplacer cette pression sociale vers quelque chose de plus viscéral : le corps et l’esprit de Garance lui-même, au bord de la folie, devient le théâtre de cette aliénation.


Le réel devient dès lors une contamination. Au moment même où elle prend logis chez sa grand-mère, les fantômes se relèvent pour la déchirer. Comme un lupus, le système immunitaire se dérègle et se retourne contre ses propres tissus sains : la famille, les proches, ceux auxquels on pensait pouvoir se fier deviennent à leur tour les vecteurs du mal.


Le titre n’a d’ailleurs rien d’anodin. Selon l’autrice : « Le terme Hysteria découle de celui d’utérus, et le récit s’intéresse précisément à cette féminité que la société voudrait encore assigner à une fonction. » En ceci, Elizabeth fait un pied de nez aux travaux de Freud sur l’hystérie propre aux femmes pour redonner ses lettres de noblesse à cet utérus, mais aussi son symbole de vie et d’immortalité.


Pour en revenir à cette idée de contamination, elle trouve un écho particulièrement fort dans le dessin. Le trait noir et l’importance accordée aux ombres devient le vecteur d'un malaise palpable. Quelque part entre l’influence du gothique féminin et le Black Hole de Charles Burns.


Les cases s’enchaînent comme un essuie-glace sous une pluie d’automne, tandis que les images épousent le style Art nouveau du Manoir, lequel se démarque par des courbes plus organiques, transmettant une empreinte plus vivante et rampante à ce qui grouille sous les pages.


Le découpage en 4 saisons ne fait qu’accompagner cette lente décomposition, laquelle, à l’instar de Rosemary’s Baby, verra sa protagoniste sombrer sous la coupe de sa famille et son héritage de sorcière, ainsi que la naissance de sa fille marquée du sceau de cette même fatalité servile.

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