Kamen Teacher
5.2
Kamen Teacher

Manga de Tōru Fujisawa (2006)

Puisque je ne suis pas avare de confessions, je l’admets sans rougir, jamais je ne me suis infligé de Kamen Rider ou d’affiliés quelconques. Que les… « aficionados » des tenues en latex et des casques de moto – je ne juge pas – se rassurent, je ne considérerai pas le genre à l’aune du manga que je m’en vais critiquer ici. Je sais ce que c’est, un Tohru Fujisawa, très foncièrement, aussi je n’ignore pas que ce que j’ai lu ici a été modelé à partir de prévarications concentrées à l’état pur. Ça se voit, et même que ça se sait ; il a fignolé un concept à la hâte pour transformer le tout en un petit tas d’oseille que les gogos sont allés renflouer en haletant comme de bons clébards serviles. L’industrie du manga – et même de toute création artistique aujourd’hui – n’est plus qu’une vaste entreprise de prospection de la connerie humaine. Le filon est intarissable, pourquoi se priver ?


Oh ! Une histoire nous contant les mésaventures d’un garçon un peu folâtre, pervers, expansif et excentrique, expert en arts-martiaux, venu faire ses entrées dans le milieu du professorat, voilà une approche qui s’avère sincèrem…


Dis-moi Tohru, t’as même pas envie de faire semblant de te faire chier la vie on dirait. Nous balancer les exacts même prémices de GTO à la gueule d’un geste leste et désinvolte, j’appelle pas ça respecter son lectorat. Enfin… du respect, depuis que j’ai lu tes suites de GTO, j’ai bien compris qu’il faudrait apprendre à vivre sans. Qu’il veuille nous agonir sous des monceaux de merde cet auteur-ci, grand bien lui fasse… qu’il ne se braque pas si je me permets de répliquer à l’artillerie lourde.


Les gags et, pire encore, les grimaces nous sont constamment et systématiquement forcées à travers la gueule. Voudrait-on y croire ; voudrait-on faire seulement semblait d’y croire, que nous en serions physiquement incapables devant le déluge d’effets tapageurs et faussement comiques qui nous assaillent. Le bruit sans la spontanéité ; de la cacophonie étalée sur du papier, voilà ce qui viendra rythmer notre lecture. Je vous souhaite d’avoir de l’appétit pour vous pourlécher de ce qu’il nous a cuisiné là, le petit père Fujiwara.


Premier chapitre, les élèves envoient leur professeur par la fenêtre du quatrième étage. Celui-ci survit à la chute. C’est à ce genre de manga dont on a à faire. Si, vous savez, ça commence par la lettre « m », et ça rime avec « lerde ».

Je me fous de savoir que le mot « lerde » n’existe pas ; si Tohru est si partisan du moindre effort, je ne vois pas pourquoi je me fatiguerais de mon côté.


Cette tentative d’homicide, présentée nonchalamment, entame la crédibilité du manga pour ce qui tient à la cohérence de sa diégèse. Le récit est présumément imbriqué dans un contexte réaliste ; comment peut-on ainsi prendre au sérieux cette incursion liminaire au regard du je-m’en-foutisme ambiant suite à ce qui s’avère être une tentative de meurtre d’une brutalité inouïe  ?

« Hahahaha, nous avons envoyé notre nouveau professeur par la fenêtre, parce qu’on est des loubards en survêtements de marque qui fumons des cigarettes, hahahaha, entendez-moi me gausser de nouveau tant je trouve ça drôle du fait de ma psychopathie, hahahaha »


Les élèves sont interchangeables, Tohru ne cherchera même pas à les développer. Il n’en a tellement rien à foutre de ce qu’il nous narre, qu’on verrait presque les traces de cendres de ses cigarettes sur le papier. Y’a pas un effort de commis, le dessin est plat et sans saveur – il est loin le temps de Shônan Junaï Gumi – et ce qu’il recouvre n’a aucune consistance, car aucune existence à proprement parler.


L’intrigue – je suis déjà généreux d’appeler « ça » ainsi – est la même ritournelle jouée en boucle. Quatre volumes, y’a pourtant de quoi faire dans une telle intervalle avant de se répéter en principe. À condition d’avoir envie d’écrire ce qu’on écrit, ce qui n’est pas le cas de ce bon monsieur Fujisawa qui, non seulement, tourne en rond dans son cul-de-sac scénaristique, mais pioche allègrement dans ses œuvres passées.


«  Quwaaaaa ?! » Qu’il nous dit alors en soufflant sa fumée de Marlboro. « T’as aimé GTO, hein ? Bah… bah voilà, c’est pareil, sauf qu’il met un casque. Fais pas chier, achète, j’ai un buraliste à nourrir. »


Alors ça fait « Poum dans ta goule ! », mais mal, car les combats sont abominablement mal chorégraphiés, avec ces poses rigides aux articulations crispées ; pis même que des fois, ça fait « Vroum », parce que les loubards roulent en grosses bécanes. Pis… pis le Kamen Teacher bah… bah il les fait exploser et ça fait plus « Vroum » vu que ça fait « Boum ». Imaginez ce à quoi peut aboutir le script le moins inspiré qui puisse vous venir. Amputez une ligne sur deux. Ça y’est, vous y êtes, vous venez d’écrire Kamen Rider.


«  Comment, vous ? Le personnage principal ? Qui disparaît chaque fois que Jumoonji apparaît ? Vous étiez Juumonji depuis le début ?! Et ce sémillant journalistes du Daily Planet, avec ses lunettes, me dites pas que c’est... Batman ! »


Je ne force pas le trait, on en est à ce niveau là pour les révélations qui nous parviendront. Le tout, trempé au milieu d’histoires abracadabrantesques auxquelles nul lycéen ne saurait censément se référer. Fujisawa, le cerveau bourré de nicotine, n’a peut-être jamais compris pourquoi GTO a été un tel monument auprès de la jeunesse…. Parce que le manga s’adressait à eux. Cette classe de 3e4, ces élèves, leurs problèmes ; c’était nous, leurs aventures étaient par extension les nôtres, on y croyait.

Que voulez-vous qu’on ait à foutre du lycée Hokuto no Ken où, par ailleurs, aucun des élèves n’a un soupçon de développement de caractère à mettre en avant ? Tout a été entrepris pour nous tenir éloigné de l’œuvre. Sans se priver de nous cracher constamment à la gueule avec de si tristes émules de GTO qu’on jurerait lire une contrefaçon laotienne. Même pas chinoise  : laotienne !


Fujisawa nous assure, en fin de parcours – c’est long quatre tomes quand il n’y a rien à lire – que son œuvre achève l’ère de Araki comme Kamen Teacher, et que nous suivrons un jour prochain une deuxième partie avec un nouveau protagoniste derrière le masque.

Excepté que non, Tohru. T’en es où, exactement ? Tu t’es relu ? T’es-tu seulement relu ?! Ton Kamen Teacher Black, c’est au cul que tu vas te le mettre. Sans vaseline ; même pas avec un gramme de margarine pour que ça glisse. Je vais pas m’infliger une énième itération de ton vide d’inspiration pour encore une fois te dire que tu es un fumier qui cherche à rentabiliser par tout moyen, et désespérément, un succès passé pour grappiller quelques yens.


Cela dit, de la zeille, il a finalement dû en mettre assez de côté ; il a rien touché depuis 2016, presque dix ans il est clean. Serais-je méchant – et ça tombe bien, je le suis – que je vous dirais que son obésité actuelle résulte de son abstinence tabagiquement parlant. Le gros a dû s’arrêter de fumer et de là, il avait plus besoin de se secouer la couenne pour gagner son beurre. On parle souvent de ces addictions qui vous pourrissent la vie et cette de vos proches ; s’il fallait une illustration parlante de ce phénomène, ce serait la carrière de Fujisawa après GTO (voire même à la moitié). Puisse-t-il, ce gros phoque, ne plus jamais toucher à un crayon de sa vie. Je paierai les patchs à la nicotine s’il le faut, mais éloignez-le de toute velléité créatrice. Car depuis récemment, ce qui lui vient au bout de la plume ressemble à s’y méprendre à ce qui me sort des intestins.

Josselin-B
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le 13 juin 2026

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Josselin Bigaut

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ça ne vaut pas un gto, ya pas mal en commun, mais le resultat marche quand même plutot bien.

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