Au Japon, au début de l’ère Meiji, un vagabond s’installe dans un petit dojo de la banlieue de Tokyo, où il se fait peu à peu de nouveaux amis. Mais derrière ce personnage d’apparence inoffensive, se cache Kenshin Himura, un grand maître épéiste ayant, sous le nom de Batossaï l’assassin, grandement contribué à l’instauration de l’ère Meiji et donc à la fin de l’ère Edo. Ce personnage en quête de repentance devra faire face aux ténèbres venues de son passé, avec pour arme son sabre à lame inversée, gage de la volonté de Kenshin de plus tuer.
Tout au long des 28 tomes, l’auteur tisse une fresque épique montrant l’évolution du personnage, harcelé par des antagonistes dévorés par leurs obsessions, antagonistes n’ayant de cesse d’essayer de faire briser son vœu à Kenshin, pour le faire redevenir ce qu’il était autrefois, un assassin. Tout ces antagonistes sont plutôt bien développés, et sont tous à leur manière enfermés dans le passé, au contraire de Kenshin qui essaye de s’en extraire. Ils représentent d’ailleurs chacun une partie du passé de Kenshin.
Bien que l’Histoire soit largement romancée, le manga permet toutefois au lecteur ignorant d’en apprendre un peu plus sur cette période transition entre l’ère Edo et l’ère Meiji, faisant souvent référence à des évènements historiques réels. L’auteur ne tombe jamais dans le manichéisme en favorisant les Patriotes (révolutionnaires ayant instaurés l’ère Meiji) ou les partisans du shogunat. En effet, il montre bien le paradoxe présent dans les deux camps de personnages aux idéaux purs et faisant tout pour faire avancer leur pays dans « leur » bon sens, mais employant tout de même des moyens néfastes pour y arriver, et allant même, pour les Patriotes, jusqu’à supprimer certains exécutants pour éviter un potentiel ternissement de leur image. De même, l’auteur montre la corruption de la plupart des Patriotes, qui se sont accaparés les places importantes dans l’économie et dans la politique, mais il rappelle aussi souvent l’horreur d’une société basé sur un système d’exploitation féodale, comme pendant l’ère Edo.
Toutefois, le sérieux de l’histoire n’empêche pas quelques scènes ou seulement quelques pointes d’humour de qualités (bien que parfois légèrement répétitives).
Toujours au niveau du scénario, on observe cependant une légère baisse de qualité dans le dernier arc narratif, qui, sans renoncer à ce coté « non-manichéen », pêche par le sous développement de la plupart des antagonistes secondaires, sous développement qui n’était pas, ou en tout cas beaucoup moins, présent dans l’avant dernier arc narratif.
Le manga étant avant tout un manga de combat, les scènes de duels sont très importantes, et elles sont ici très bien faites, et l’auteur ne tombe jamais dans l’écueil de la magie ou des pouvoirs mystiques (bien que plusieurs personnages essayent de se faire passer pour magiciens), ce qui fait que les techniques, bien que la plupart du temps très exagérées, sont assez bien détaillées et expliquées pour rester dans le domaine du « presque possible ».
Ces scènes de combats sont rendues très lisibles par le trait de l’auteur, qui, bien que faisant assez « shojo » au début, se durcit progressivement, comme le ton du manga.
Au final, « Kenshin le Vagabond » est un excellent manga que je ne peux que conseiller.