Ce nouvel opus est un brin meilleur que le celui qui sonnait le coup d'envoie de cette saga. Sans doute parce qu’il ne cherche pas tant à rendre hommage à Thorgal ou à se cadenasser sous une formule que d’offrir sa propre vision, sa propre version. Plus violent, plus radical dans son côté adulte, il laisse également davantage de place au silence et à la contemplation.
Immédiatement, le gaufrier en 4 bandes permet un sens de l’action plus agréable et précis, plus haletant. La vitesse est décuplée dans sa chorégraphie, tandis que les bords de case blancs offrent cette respiration qui laisse autant l’histoire que le lecteur souffler.
Fred Duval, tout comme Recht avant lui, l'énonce : ces espaces laissent la magie opérer entre chaque case, nous invitant à devenir nos propres monteurs, à gérer la cadence et à combler le blanc (la couleur qui réunit tout le spectre des autres dans l’arc-en-ciel, et par analogie, tous les possibles).
Question intrigue, Thorgal échoue en terrain d'Amérique du Sud sous occupation indienne. On retrouve une fois encore notre bon héros à la dextérité légendaire devoir sauver sa femme d'un poison. Pour se faire, on lui demande rien de moins que d'escalader l'Arbre de vie jusqu'à sa cime afin d'en découper la plus haute branche pour en forger une flèche à même de terrasser le Wendigo, le renvoyer dans la dimension des esprits qui l'on invoqué.
De cette façon, il est plaisant de voir un monstre pénétrer les pages de Thorgal et venir griffer le lecteur. En cela, l’affiliation aux mythes scandinaves s’en trouve d’autant plus appuyée, tout comme la part d’horreur que recèlent ces contes. D’accord, Thorgal ne pourfendra pas le Dragon, mais un Wendigo, ce n’est pas rien non plus ! Une créature de la mythologie indienne qui renforce à son tour l’aspect hors frontières de cette série.
Rosinski avait un dessin vivant, proche du croquis de la vie. Van Hamme, lui, composait des scénarios qui ne semblaient laisser que l’essentiel. Un talent pour sculpter la pierre. Cette économie, cette précision, on la retrouve ici dans la manière dont les auteurs laissent au lecteur le soin de compléter ce qui manque, nous offrant une nouvelle réunion tout droit sortie de leur escapade en Pays Qâ.
Tenter de suivre les pas de Thorgal, c’est arpenter des routes dont seuls les mythes semblent connaître la localisation ; des sentiers bordés de hautes forêts, derrière lesquelles se dissimulent une faune et une flore régies par les seules lois du songe. Un royaume que maints aventuriers s’épuisent à parcourir, dans le maigre espoir de pouvoir en rapporter quelques histoires à imprimer sur le papier et à glisser entre nos mains.