C'est peut-être l'un des plus beaux témoignages de ce qu'est la maladie d'Alzheimer. Parce qu'il évite le sensationnalisme de l'identification (The Father) ou l'impudeur du mélodrame (Still Alice). Parce qu'il parvient, par le registre de l'intime, à rester dans une infinie pudeur et délicatesse. Et je sais combien c'est difficile. Cette maladie qui fait peur, qui impressionne, qui confronte à l'inconnu de l'incompréhension et de l'apparente incommunicabilité. Elle requiert patience, humilité et une invincible Foi dans le contact humain. Et c'est bien ce que porte Françoise Roy, dessinée avec amour par son compagnon de 40 ans, Etienne Davodeau. Le plus grand piège aurait été de se substituer à la parole des personnes atteintes de troubles. Mais Françoise est une passeuse, une accompagnatrice. Elle témoigne, pour mieux faciliter l'écoute et le passage de relais. Et l'essentiel est dit dans les premières pages :
Il y a une chose importante qu'il ne faut jamais perdre de vue : ces gens restent des personnes, comme toi et moi, comme nous tous, au-delà des difficultés générées par la maladie, leur humanité demeure intacte. Et la façon dont nous considérons ces personnes aujourd'hui, c'est aussi la façon dont nous serons peut-être considérés demain. Ils sont comme nous. Ils sont nous.