Tout commence par le projet fou d’Étienne Davodeau de raconter le travail de Françoise Roy, sa compagne : un voyage au pays de la mémoire qui flanche. Françoise accompagne au quotidien des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, ainsi que leurs proches, souvent désemparés face à ce qui leur tombe dessus.
Étienne Davodeau signe une bande dessinée bouleversante de sobriété. Loin de tout discours médical ou explicatif, l’auteur aborde avec beaucoup de tact et de pudeur la perte progressive de la mémoire et de l’identité, et en montre les effets concrets : les répétitions, les silences, les absences soudaines, la confusion, mais aussi les moments de tendresse qui subsistent malgré tout. La maladie est présente partout ; elle s’insinue dans les gestes du quotidien, dans les dialogues impossibles, dans les regards perdus.
L’ouvrage évoque à la fois le chemin incertain de la personne malade, qui s’éloigne peu à peu du monde tel qu’on le connaît, et celui des proches, contraints d’accepter cette disparition progressive sans véritable adieu.
Le dessin d’Étienne Davodeau, simple et épuré, sert admirablement le propos. Les traits sont volontairement sobres, laissant une large place aux blancs, aux répétitions visuelles et aux silences, qui traduisent avec justesse la perte de repères et l’effacement de la mémoire.
Un livre réaliste, très humain et respectueux, composé de pages profondément émouvantes.