Cette BD est une adaptation du roman de Jean Vautrin réalisée par Jacques Tardi et c’est une œuvre magnifique. En mars 1871, le corps d’une femme est retrouvé dans la Seine, près du Pont de l’Alma, avec dans sa main, un œil de verre marqué du numéro 13. Le commissaire du quartier est chargé de mener l’enquête alors qu’un vent de révolte monte des quartiers populaires parisiens et que la France a été écrasée par l’Allemagne. Au-delà de l’intrigue policière, c’est d’abord un portrait touchant et vivant de la Commune de Paris que nous offrent Tardi et Vautrin, quelques semaines de mars à mai 1871 où les révolté(e)s ont rêvé un monde plus juste et moins inégalitaire. Les Parisiens avaient organisé alors des élections. La Commune est proclamée le 26 mars place de l’Hôtel de Ville et est composée d’ouvriers, d’artisans, d’employés, de journaliers… Ils sont républicains, socialistes, anarchistes. Des femmes à l’image de Louis Michel n’hésitent pas à prendre les armes. Mais ils finiront écrasé(e)s dans le sang par les Versaillais. On y croise des personnages inventés mais aussi des personnages qui ont réellement existé comme Jules Vallès, Gustave Courbet…). Le dessin de Tardi est toujours aussi puissant et ses décors très précis des monuments et rues de Paris s’appuient sur les photographies d’artistes comme Alphonse Liébert, les frères Léautté (Marcel et Jean), Augustin-Hippolyte Collard et Bruno Braquehais qui nous ont laissé des instantanés précieux de ces évènements qui ont changé le cours de l’histoire de France. Pour des jeunes (et moins jeunes), cette œuvre peut être l’occasion de découvrir ce moment charnière (Beaucoup des idées défendues par le gouvernement de la Commune seront prises bien plus tard sous les IIIe voire IVe Républiques).