En trois mots : une jolie réussite.


En plus, j'ai vraiment été conquis par les Fables du Roi des Aulnes, comics porté par un ton à la fois envoûtant, mystérieux, presque enchanteur, mais avec aussi un petit côté épouvante en arrière-plan. Dans les dessins, dans l'ambiance, dans l'histoire racontée, la manière de la raconter, dans la couleur… tout est vraiment à un très bon niveau.


C'est marrant parce que juste avant, j'avais lu Les contes du Carnaval des cadavres de Mike Mignola. Alors, je ne veux surtout pas froisser les fans de Mignola, ce n'est pas du tout le propos ici. Son trait est magnifique, vraiment très particulier, et je connaissais déjà un peu avec Hellboy, même si je n'avais pas totalement accroché. Et sur ses Contes, je n'ai pas non plus réussi à rentrer pleinement dans l'ambiance. Là, avec le Roi des Aulnes, ça a été immédiat. Très rapidement, je me suis dit : ok, il y a quelque chose là ! le parallèle s'est aussi fait facilement, outre l'aspect contes, parce que Juni Ba utilise aussi des aplats noirs (la marque de fabrique de Mignola) très bien intégrés, super propres, et juste ce qu'il faut pour installer cette atmosphère au côté sombre mais aussi enchanteur.


Car oui, j'ai été marqué par la qualité du dessin et du lettrage. D'ailleurs, au début, je me demandais pourquoi le lettrage était crédité à part, alors que Juni Ba s'occupe de tout : scénario, dessins et colorisation. À la lecture, ça devient clair : il participe pleinement à l'ambiance et au rythme. On est au-dessus de certains mangas par exemple, où le lettrage reste souvent plus comique ou démonstratif.


L'histoire elle-même, construite comme une fable autour du Roi des Aulnes, traverse plusieurs époques, plusieurs récits, qui finissent par former un tout cohérent. Il y a toujours cette même atmosphère délicieuse, étrange, et ce dessin très particulier - je n'arrive toujours pas à dire à quoi il me fait penser - mais que j'ai simplement adoré.


Une question se pose alors : qui est donc Juni Ba ? Pour moi, c'était jusqu'ici un auteur méconnu - chose que je compte clairement corriger après cette lecture. Son parcours est intéressant : après 20 ans au Sénégal, il arrive à Montpellier pour intégrer une école de métiers artistiques. Quelques années après, il pitche sa 1ère BD, Djeliya, en France, mais sans succès. Alors il tente sa chance ailleurs et propose son projet aux États-Unis, et là boom, il attire l'attention de Sebastian Girner, qui n'est pas n'importe qui dans le milieu du comics indépendant. Si Djeliya n'est pas le livre qui va immédiatement lancer sa carrière aux US, et qu'il n'est toujours pas publié en France, il commence à le faire connaître, avec une œuvre très marquée par le folklore ouest africain et les récits transmis depuis des siècles.


Tout ce qu'il fait en parallèle circule aussi beaucoup via internet, et c'est comme ça qu'il finit par être repéré par DC et Marvel. Il travaille sur des franchises importantes, tout en gardant, à côté, une vraie envie d'expérimentation. Car Juni Ba est un auteur qui aime tester, voire qui en a besoin. D'ailleurs, il ne se voit pas faire que de la BD. Il parle d'illustration au sens large, de couvertures de vinyles, de projets graphiques variés. On sent quelqu'un qui a besoin d'explorer.


Dans le Roi des Aulnes, on le sent clairement. Résultat : une BD très polymorphe, avec un style qui varie au sein même du livre avec un dessin évoluant presque tout au long de la BD, tout comme le traitement graphique, qui change parfois radicalement. Et globalement, je trouve l'ensemble très réussi. Si j'ai été totalement envoûté par la première partie du livre, un peu moins par la seconde, la troisième et dernière m'a en revanche vraiment marqué. L'utilisation du noir et blanc, des aplats noirs, la construction des pages, des bulles et de la narration forment une proposition à part, marquée par l'esprit du livre de contes. C'est splendide, et ça conclut parfaitement l'ouvrage.


On a là un auteur encore au début de sa carrière, mais qui propose déjà quelque chose de très fort, avec une vraie identité. Même lorsqu'il teste différentes choses, on sent qu'il en maîtrise déjà beaucoup. Et forcément, ça donne envie d'aller plus loin et de découvrir son Boy Wonder chez DC. Ce n'est pas forcément là qu'il sera le plus libre, mais c'est justement ça qui va être cool : voir comment un auteur aussi expérimental va s'exprimer dans le cadre d'un gros éditeur comme DC. Et puis, il faudra aussi aller fouiller dans ses travaux précédents. Djeliya, notamment, qu'on peut se procurer assez facilement en VO, ou Monkey Meat dans lesquels il fait parler toute sa créativité.


Bref, un auteur que j'ai bien envie de suivre, un livre que je me vois complètement relire, et une pile de comics à lire qui continue de s'allonger !

Ben-Ardo
8
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le 20 janv. 2026

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Ben Ardo

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