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Look Back
7.4
Look Back

Manga de Tatsuki Fujimoto (2021)

Oh, je l’ai joyeusement étrillé le petit père Fujimoto. Et pas qu’une fois. Ça n’empêche pas de savoir lui reconnaître un talent admirable dont je rage de le savoir bradé dans des compositions aussi creuses et adolescentes que celles dans lesquelles il se commet à ce jour. Un peu à la manière d’un Akira Hiramoto ayant cédé à l’appel du marché au détriment de son art.

Car sachez-le, preuve est amplement faite et démontrée quant aux infinis talents de Tatsuki Fujimoto. L’auteur a disséqué le cinéma, il n’en fait guère mystère, extrait les organes les plus idoines à ses expériences, avant d’aboutir à une greffe concluante. Éluder le paneling et la minutie de la mise en scène d’un pareil auteur, c’est finalement ne pas l’avoir lu ; car l’expérience de ses œuvres passe avant tout par là, par l’approche cinématographique qu’il peut avoir de son art.


C’est une histoire assez douloureuse à lire parce qu’elle frappe juste et là où il faut. Une élève de CE2 qui se pensait la meilleure en dessin boue de jalousie de trouver une élève autrement plus douée qu’elle. Aussi, pour rattraper l’écart qui les sépare, se lance-t-elle dans un apprentissage approfondi du dessin, quitte à négliger sa vie sociale. Deux ans s’écoulent et, en dépit de ses efforts et sacrifices, l’écart entre elle et sa rivale n’a pas cessé de se creuser. Aussi renonce-t-elle, de guerre lasse, à jamais pouvoir la surpasser.

L’histoire est assez communicative pour qu’on croit pouvoir la faire sienne. J’ignore si l’écriture ou le dessin, dans ce qu’il exprime avec tant d’acuité, a le plus pesé dans notre ressenti, mais on partage la frustration accablée de Fujino ainsi qu’elle aurait été la nôtre. Il faut dire que tout prête à croire que l’auteur y a jeté de son parcours de vie dans le récit pour affermir ce qu’il a de vrai.


Que Kyômoto fut une « fan » de Fujino était un écueil à éviter cependant, et dans lequel l’auteur se sera allègrement vautré comme s’il ne tînt pas compte de la faute de goût qu’il commettait alors. C’était décidément trop prévisible et convenu pour qu’on s’y adonna… et c’est pourtant ce qu’il fit. Toute chose considérée, c’est le dessin et son orchestration qui m’aura ravi à la lecture, son pendant scriptural n’étant clairement pas à la hauteur.


J’écris cette phrase alors que je n’en suis qu’à leur rencontre – et je l’effacerai si j’ai tort – mais si les deux finissent pas s’associer pour écrire et dessiner des mangas ensemble, je sabre la note d’un point pour avoir si facilement croulé sous les poncifs.

ET DIX PAGES PLUS TARD, QUE SE PASSA-T-IL ?!


Le tragique forcé, au regard de l’évolution de la mise en scène, nous apparaît d’une évidence tragique là encore. La trame alternative quant à elle, sera empuantie de feel good où tout finira bien grâce à la seule mansuétude coupable de la narration. Car par le plus grand des hasards, et cela sera admis implicitement par le récit lui-même, les deux se rencontrent au moment précis où l’une s’apprêtait à être assassinée pour être sauvée par la deuxième… grâce au karaté.

Alors, je transmets ça là, en espérant que ça profite aux plus influençables, mais si vous êtes une jeune femme qui avez fait des arts martiaux en catégorie poids-léger, n’allez pas vous attaquer à un mâle en colère qui tient une pioche sans être vous même armée.


Ce sera heureusement le seul fantasme de Fujino.


L’œuvre, finalement, s’interprète comme un tire-larme à peine masqué avec quelques bonnes idées de mise en scène venues illustrer le temps qui se sera écoulé du CE2 jusqu’à la vingtaine. Ceci mis de côté, on retiendra assez peu de chose sauf à ne pas avoir de contrôle sur ses émotions, chose devenue fréquente à force que l’œstrogène se déversa dans notre eau du robinet.


Fujimoto, pareil à Jirô Matsumoto, est un de ces mangakas qui gagneraient de beaucoup à s’associer à une saine écriture afin que leur génie s’illustra dans sa plus immaculée splendeur. Il a en lui une étincelle créative qui ne s’ébauche qu’un court instant dans l’obscurité. Il me tarde de le voir un jour rencontrer la poudrière à même de révéler la pleine étendue d’un génie dont on ne connaît en réalité que les embryons.

Josselin-B
4
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le 17 janv. 2026

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Josselin Bigaut

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