Ce tome commence avec toutes sortes d'émotions digne d'un soap opéra, du coup on se demande si on lit Walking Dead ou une version des Feux de l'Amour apocalyptique. Et avec le tome précédent qui s'était axé sur des moments de vie assez classiques d'une civilisation en reconstruction après des années de violences (la foire, le copinage, le dépucelage, la chemise à carreaux, les tromperies, la grossesse), on baisse un peu notre garde (oui y a quand même une histoire de viol et de léchage de cavité oculaire dégoutante).
Dans un second temps, on aura tout un pan de réflexions sur la Peine de mort, avec le parallèle Gregory et Negan, et sur ce qui fait qu'une civilisation peut en rester une. Et bien que Maggie porte des chemises à carreaux, j'ai été choquée par sa décision, qui, je pense aura forcément des répercussions dans l'avenir de la communauté (elle aurait pu envoyé Gregory dans une prison dans une autre communauté, par exemple).
Mais les auteurs sont encore plus malins, tandis qu'on se lasse des histoires d'amour (Ezequiel/Michonne, Eugène/Rosita, Carl/Lydia), qu'on se dit que les chuchoteurs sont vraiment bizarres mais qu'ils n'ont pas l'air si méchants, qu'on se demande si Maggie a pris une décision pourrie et que peut-être, Negan a changé.
Pendant qu'on assiste ( avec neurasthénie ou jubilation selon votre caractère) à ce retour à la civilisation, ces histoires d'amour compliquées, des décisions éthiques compliquées, on oublie que le monde est très hostile. On oublie qu'on y a croisé des cannibales, des psychopathes, des tueurs sanguinaires, des situations extrêmes, on oublie, on oublie, on oublie et puis...
... on se souvient que malgré toutes les tentatives de nos héros pour revenir au respect, à la solidarité, à un épisode soporifique des Feux de l'Amour, on se souvient qu'ils sont tributaires des autres, ceux qui ne veulent pas du retour de la civilisation. Ce qui me rappelle la citation de Dmitry Glukhovsky dans Métro 2034 "Rien ne menace l'homme. Les hommes, ce sont des survivants comme les cafards. Alors que la civilisation... c'est elle qu'il faut préserver."
Et c'est là que les auteurs sont très forts, on baisse notre garde et la réalité revient avec une brutalité choquante, des pages et des dessins qui font de Walking Dead, un chef d'oeuvre de l'horreur.
ATTENTION SPOILER
Note perso : si Carl n'avait pas été un putain d'égoïste débile, tout cela ne serait pas arrivé. Malgré tout ce qu'il a vécu, il a pris la décision de mettre toutes les communautés en danger, pour une histoire de léchage de trou oculaire. Ce qui pourrait énerver certains lecteurs au risque d'abandonner le récit.