Bien qu'empreint d'imperfections criantes, Shaman King est et restera mon premier manga, celui-ci bénéficiant encore aujourd'hui de mon affection ; placée dans l'ombre de mastodontes tels que One Piece et Naruto, l'oeuvre phare d'Hiroyuki Takei parvint tout de même à se hisser hors de la masse au moyen d'un ton léger attrayant, de par sa galerie de protagonistes sympathiques, un ton fantastique intrigant et un trait reconnaissable entre tous, bien que pas sublime.
Au travers de son univers intégrant une pléiades de fantômes à la réalité du jeune Manta, au contact de l'énigmatique Yoh Asakura, Shaman King faisait alors mine d'arborer une identité propre, mais sans pour autant échapper aux archétypes du shonen : en effet, passé les chapitres introductifs et épisodiques, Hiroyuki Takei imposera définitivement à son titre un schéma typique du genre, avec son lots de tournois, combats et adversaires toujours plus puissants, tout en faisant du Great Spirit et son Shaman Fight le coeur d'une intrigue intéressante de prime abord.
Et si dans un premier temps le tout s'avérait bon, à défaut d'être véritablement transcendant du fait de quelques baisses de régime, il apparaissait que le mangaka tenait le bon bout, celui-ci distillant avec réussite rebondissements et nouveaux personnages pour le moins efficaces ; malheureusement, alors que Shaman King s'avérait plein de bonnes surprises au terme de son meilleur volume (le 16 en ce qui me concerne), tout en amorçant un flash-back prometteur (19), ses errements précédents (l'arrivée au Village Pache semblait marquer un certain déclin scénaristique) trouvèrent un funeste écho au sortir de ce fameux flash-back.
En ce sens, passé son vingt-et-unième volume Takei s'enlisa définitivement dans un grand foutoir désappointant, celui-ci faisant alors mine de perdre le contrôle des opérations au profit d'une trame bien décidée à n'en faire qu'à sa tête ; au milieu de cette débandade scénaristique subsistait tout de même quelques bonnes idées, de quoi maintenir notre intérêt dans l'espoir de voir le mangaka renouer avec un récit bien équilibré tel qu'à ses débuts...
Un espoir utopiste au final, un faramineux dénouement en queue de poisson nous attendant au tournant, de quoi se demander pourquoi l'auteur aura perdu son temps avec l'inclusion de figures profondément inutiles en bout de course ; si l'on s'en tient aux 32 volumes en tant que tels, Shaman King nous laissait donc avec un sentiment mi-figue mi-raisin pour le moins crispant, tant Takei aura littéralement sabordé (en grande partie) les chances de son titre (intrigue éparpillée puis pression de l'éditeur en raison des résultats déclinants, une conclusion logique en somme).
Fort heureusement, une réédition débutée en 2008 permis au mangaka de revenir sur son dénouement bâclé, de nouveaux chapitres se voyant alors intégrés à Shaman King Kang Zeng Bang ; l'attente des fans fut alors récompensée, le manga bénéficiant d'une conclusion en bonne et due forme non avare en réponses, de quoi boucler la boucle de façon satisfaisante (bien que cela ne soit pas forcément grandiose et assez précipité, voire grandiloquent).
Bref, bien que clairement en deçà des shonen références, Shaman King n'en demeure pas moins un titre fort sympathique valant le détour ; il convient cependant de vous enjoindre à dénicher sa véritable conclusion, non publiée en France, et ce au risque de se voir poser un lapin d'ordre scénaristique.