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le 1 août 2022
SuivreBagdad Babylon
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Et l’ange cria d’une voix forte : elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande ! La voilà devenue un repaire de démons, une prison pour les esprits impurs, un asile pour les bêtes les plus odieuses dévoyées. Apocalypse 18:2
J’ai longtemps repoussé l’échéance de cette lecture. Le sujet n’a rien d’une partie de plaisir. Bagdad, février 2004. Dix mois après la chute de la ville par les forces américaines, l’Irak est devenu un immense jeu de dupes. Dans la Zone verte, Chris Henry, ancien flic du LAPD est chargé de former la nouvelle police irakienne. Une de ses recrues est retrouvée morte. L'enquête démarre. À ses côtés, Nassir, policier bagdadi qui a survécu aux changements de régime, et Sofia, Irakienne revenue au pays pour participer à sa reconstruction. Trois personnages. Trois trajectoires. Un pays en miettes.
Tom King connaît son sujet. Avant les super-héros, il travaillait pour la CIA, cellule anti-terrorisme. Il a servi en Irak. Sheriff of Babylon puise directement dans cette expérience, sans pour autant verser dans le récit autobiographique. C’est son grand polar de guerre. Son The Wire en bande dessinée, dira-t-il. Même goût pour les ramifications, les rapports de force et les coulisses d’un système où personne ne possède vraiment toutes les clés. Le même regard acéré et journalistique que David Simmon avait livré sur Baltimore.
Nous ne sommes pas faibles. Nous sommes patients.
L’album est difficile à lire. Peut-être le plus dur de King. Parce qu’il n’y a ici ni collants bariolés, ni cape, ni vernis iconographique pour tenir la violence à distance. Seulement des hommes. Des armes. Des cadavres. Et les conséquences. Mais il faut forcément que tout ça ait un sens, hein ? Une finalité. Sans quoi il faudrait accepter le plus insupportable : qu’elles soient simplement absurdes... Peut-être.
King refuse le confort du manichéisme. Américains, insurgés, policiers, politiques, militaires : chacun avance avec ses intérêts, ses peurs et ses propres contradictions. La démocratie que les USA prétendent installer se mêle aux abus de pouvoir, à la corruption et aux intérêts monétaires. Ce que raconte l'album : la guerre produit ses propres monstres, mais personne ne naît véritablement avec le rôle du méchant épinglé sur la poitrine.
L'auteur excelle en ce qui concerne l'affinement de ses personnages. Au point d'en éparpiller les clichés façon puzzle. Il ne cherche jamais à absoudre. Encore moins à condamner en bloc. Il cherche à comprendre, décrypter, analyser les mécaniques à l'œuvre sous la poussière et le sang.
Aussi, les crimes de guerre deviennent une matière à autopsier, dans la continuité de Omega Men, il nous dit : que reste-t-il de la morale quand on prétend combattre pour une cause juste ? Comment faire régner la loi lorsque la loi n’existe plus ? L'idéologie, c'est bien beau, mais il y a toujours le rapport humain derrière, l'affect qui souille la morale et les enjeux.
Le dessin de Mitch Gerads accompagne cette confusion avec une précision froide et sensible. Jusqu’à ces cases noires, presque comme des rapports tapés à la machine, PAN., qui viennent décrire la violence d’un coup de feu. Le dispositif documentaire se mêle alors au langage des comics. Une balle part. Une vie tombe. Mais rien ne change. La dernière case fait écho à la première. Un cadavre : qu'est-ce qu'on va faire de lui ? Personne ne sait comment régler ce désordre qui enfle...
Puis il y a le chapitre 5. Une lune, une bouteille de Vodka partagée, deux silhouettes au milieu du carnage. Pendant quelques pages, la guerre semble suspendue. King rappelle simplement qu’avant d’être des soldats, des espions, des victimes, ou une mère en deuil, ils sont des hommes et des femmes. Encore et toujours ce même thème : l'humain. L'humain qui pêche. L'humain qui aime. L'humain qui venge. L'humain qui pleure. L'humain qui prie.
Cette humanité-là est sans doute la chose la plus difficile à écrire.
Et pourtant, King réitère le miracle. A chaque fois, putain.
Rien n’est vrai. Raconte-moi, et après on décide.
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il y a 6 jours
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