De Sket Dance, je n’en avais esgourdi que la très lointaine réputation que lorsque celle-ci, afin de trouver un envol, sûrement, s’était associée à Gintama le temps de quelques chapitres. De trop, cela allait sans dire, les protagonistes m’étant aussitôt apparus antipathiques pour ce qu’ils avaient d’insipide. Ils ne cherchaient alors pas à faire de l’humour, mais à imiter des personnages qui s’essaieraient à l’humour ; ce qui ne rendait notre lecture que plus distante, sinon approximative.
Disons-le, on ne remue pas des lèvres à lire Sket Dance, à moins que ce ne soit pour se plaindre de ce qu’on lit. Et ça tombe rudement bien, c’est encore ce que je viens accomplir ici en vous relatant tout ce que l’œuvre a à vous faire parvenir.
Le dessin est… ce qu’on pourrait attendre d’un Shônen du milieu des années 2000 environ. Ah ça, il respecte les normes en vigueur de ces temps-là, tout est réglo au regard de ce que témoigne le cahier des charges. C’est peut-être là où le bât blesse, non ? Un manga qui s’en tient à un schéma étriqué, qui plus est conçu par d’autres – et rarement des artistes – c’est déjà se garantir que rien d’innovant ne sera à portée de lecture. Sket Dance, comme d’autres, tant d’autres, est un manga préfabriqué dont un auteur n’aura plus eu qu’à assembler le kit pour nous le jeter comme s’il se fut agi d’une composition originale. La pratique est courante. Depuis longtemps déjà. Ça a commencé au Crétacé je dirais,… mais c’est peut-être aussi parce que je trouve le temps long à trop m’éprouver au procédé. Et parce que j’aime les dinosaures. Or il n’y en a pas ici, mais ce n’est pas ce qui conditionnera la note que j’élabore.
Nous parlions du dessin. Moi, surtout, car je vous sais trop ébahis pour oser m’interrompre. C’est excessivement basique dirons-nous par courtoisie. Pas minimalisme, non. Le minimalisme suppose une démarche et même un style. Kyosuke Usuta est un minimaliste démentiel – et quel auteur, mes aïeux ! One, est un minimaliste, et pour ça, pour ce qu’il nous a fait parvenir avant que Murata ne salope ses esquisses de ses traits empâtés, il est lui aussi un grand du dessin. Ce que je contemple ici paraît crier « Rien à foutre » à la moindre case qui vient. Au point même où ce hurlement indolent semble déborder sur les cases et se superposer à ses dernières. On n’a déjà pas envie de lire Sket Dance à cause de son dessin… aussi le contenu a intérêt à exposer une dose de génie méconnue s’il souhaite rattraper le contenu.
Le con tenu, c’est vous, les lecteurs ; tenus que vous serez de mettre la main à poche pour être admonestés d’une bouillie présumément humoristique compilée en plusieurs volumes reliés. Présumément, oui. La ritournelle ne repose pas sur des idées, mais sur des grimaces et les agitations vaines des protagonistes. Vous pourriez mettre n’importe quoi d’autre dans les bulles que la « comédie » présomptive ne perdrait pas un iota de son propos. Ou plutôt de l’absence de ce dernier. Flagrante celle-ci, rendue tonitruante par le son du silence que pas un rire ne viendra violer.
Je jurerais de voir un manga écrit avec des mascottes de céréales. Peut-être même pas l’une d’elles, qui sait. Des personnages qui n’ont aucun intérêt s’adonnent à des péripéties qui n’en ont pas davantage. Mais comme ça fait du bruit, que ça remue, il faut rire. Nous y sommes en tout cas sommés par ces manœuvres indignes qui suggèrent plutôt la pitié que le rire.
Ce trio de protagoniste était très franchement et désespérément à la traîne de la bande à Gintoki dont la synergie de groupe et la pléiade de personnage secondaire contribuait à renforcer l’humour dont était jadis fait Gintama. Avant… que tout ne s’effondre et ne se prenne au sérieux.
Ah c’est toujours bien triste de voir Bozo se prendre pour Golgo 13.
Ma lecture accomplie, mon dépit renforcé, je témoigne de l’absence totale de rire en trente deux tomes – un record – et des carences honteuses dont sera faite l’œuvre au regard de l’écriture. Il faut dire qu’après s’être foirée en tout aspect, je ne l’attendais pas non plus au tournant sur ce point bien particulier. Seulement, chacun des volets épisodiques suintent l’improvisation comme trempés d’une sueur rance qu’on ne se sent pas de renifler davantage.
Comme je comprends à présent – je m’en doutais il faut le dire – que la Shueisha, pour tenter de propulser une œuvre restée au ras des pâquerette, chercha à accoler sa réputation à celle du désopilant Gintama. C’était un remorquage désespéré, il se sera néanmoins trouvé une foultitude de couillons pour s’arrimer à la coque et la suivre jusqu’à ce qu’elle termina de dériver au fond des abysses. Si on rit un jour de Sket Dance, ce n’est qu’en cédant à un désespoir hystérique, celui d’avoir lu jusqu’au bout – et bon sang il était long – un manga humoristique qui n’a pas une bribe de potentiel pour vous faire marrer. Quelle disgrâce.