Il y a des œuvres comme ça, dont on repousse la lecture pour différentes raisons. On s'en éloigne, on s'en rapproche. on désire, on redoute.
Et parfois, on rentre dans des phases où on a tellement à lire qu'on ne sait plus où donner de la tête et qu'on pose, on prend, on repose, on commence, on arrête. Et puis là, il y a une illumination. Tiens, ne serait-ce pas le moment de ? Mais oui ! Que vois-je là ? Soli Deo Gloria, nous y voilà.
Premières pages et, déjà, quelle impression de maîtrise. Le dessin est juste grandiose. N'étant pourtant pas le plus grand fan des BDs en noir et blanc - parce que j'aime beaucoup ce que les belles couleurs peuvent apporter - ici les nuances de gris sont juste splendides et font carrément oublier la non colorisation. Le trait est lui vraiment prenant et se pose en parfait complément de l'histoire qui commence à nous être contée. Encore une fois, une impression de maîtrise évidente ici avec une narration sèche mais diablement envoûtante.
Et puis, quelques heures plus tard, voici ce que je me suis dit :
Waaaaw ! Quelle lecture ! C’est puissant, c’est prenant, le trait, les dessins, l'ambiance, tout ça est à un sacré niveau, au service d’une histoire touchante et presque épique, mettant les liens fraternels, la musique au centre de tout, avec une petite place pour le divin.
Hmm, mais après tout, est-ce vraiment les dessins qui servent l’histoire, ou peut-être plutôt l'inverse ? Dur à dire mais dans ses interviews, le dessinateur Édouard Cour emploie souvent le terme « organique » lorsqu’il évoque les relations idéales entre deux personnes (auteur et éditeur ou auteur et dessinateur). Je trouve qu'ici ce mot décrit parfaitement ce que l’on ressent à la lecture de Soli Deo Gloria, avec une relation organique entre le dessin et le récit.
Sinon, petite sensation de lecture que j'apprécie souvent: cette impression d’être devant un film. À certains moments, alors qu’il n’y avait rien à voir au sens strict, je me retrouvais un peu dans Barry Lyndon. C’est l’image qui m’est revenue, par la beauté du film, la maîtrise de la réalisation, cette impression de perfection visuelle. Ici, c’était un peu la même chose : la force de la réalisation graphique, le côté tragique de l’histoire, le tout en plus porté dans un écrin de toute beauté, avec ses dorures en couverture, ses nuances de gris et de nombreuses planches simplement magnifiques.
Bref, on l'aura compris, c’est un gros coup de cœur, et c’est clairement dans mon top 3 des BD de 2025. Une lecture qui m’a également donné encore plus envie de découvrir Herakles, du même dessinateur (qui est d'habitude aussi auteur), aux éditions Akiléos.