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Versus
6.1
Versus

Manga de ONE et Azuma Kyōtarō (2022)

Pourquoi, mais pourquoi ? Peut-être par gain de temps. Éventuellement pour corser un dessin qu’il craignait trop frêle pour porter son contenu. Les raisons qui ont poussé ONE à se tourner vers un dessinateur pour couvrir son écriture sont peut-être pléthoriques, je puis cependant assurer que parmi elles, pas une seule n’était valable.


En premier lieu, le dessin de Azuma Kyôtarô est d’un commun, semblable à tous, interchangeable et de toute manière trop fade pour exactement nous suggérer un sentiment ou son contraire. Ça ressemble d’ailleurs beaucoup à ce que Murata pouvait nous griffonner le temps d’un One Punch Man, avec moins de maestria dans le crayon, en plus.

ONE gagnerait – et de beaucoup – à dessiner ses œuvres de sa seule main après en avoir accouché de son seul esprit. Il a un trait unique. Les éclats y sont étrangers, on ne trouve ni lumières vives ni paillettes ; mais ça a un quelque chose d’original qui vient de lui ; ça n’a l’air de rien, mais c’est ce qui a contribué pour beaucoup au sel de Mob Psycho.

S’il n’a pas confiance en lui, s’il estime qu’un autre est mieux désigné qu’il ne l’est à donner forme à ses saillies créatives, qu’il se tourne au moins vers un dessinateur plus atypique ; un qui sache s’illustrer par l’originalité de son trait. Mais pas ça. Pas ça ! C’est ce qui avait, en son temps, conditionné de beaucoup ma note attribuée à One Punch Man.


Et y’a même une mascotte. Chiante, cela va sans dire, horripilante, à tenter de forcer des accès d’humour bien qu’elle en soit dépourvue jusqu’au dernier atome qui la constitue. Toute cette affaire se présente sous les pires augures et je l’assure sans avoir eu à lire dans quelques entrailles que ce soit. J’ai quand même éventré un mammifère pour vérifier. Quelle espèce ? C’est pas important. Et la préfecture n’a pas à savoir.


Ce qu’elle doit savoir en revanche, elle et toute entité susceptible d’ouvrir Versus un jour – ou une nuit, s’il y a de la lumière à disposition – c’est qu’il n’y a pas cette fois de sous-couche sous la peinture écaillée. One-Punch Man, avant d’être ce qu’il était, avait une substance et une identité atypique. On se jouait des codes du Shônen pour les réinterpréter dans une narration inattendue… jusqu’à ce que Murata nous travestisse la gemme en My Hero Academia tandis que la poigne de l’écriture avait faibli de beaucoup. Mob Psyho 100 participait de cette même démarche, excepté que cette fois, ONE avait la main ferme sur tout le récit, et pouvait ainsi éluder les écueils.

Avec Versus, vous passerez plusieurs chapitres entiers à attendre la chute. « Il… il y a quelque chose en plus, n’est-ce pas ? » se demanderont les plus naïfs, dont j’étais jusqu’à ce que survienne le deuxième chapitre.

Non, mes bons. Pas de second degré, pas d’approche innovante… vous lisez un Shônen dont les tenants narratifs ont, au bas mot, trois décennies de retard. Vous savez ce que vous lisez en réalité ? Dragon Quest : La Quête de Dai. Ouais. Et il a fallu qu’ils se mettent à deux pour concevoir ce qui date d’avant la naissance de bon nombre de lecteurs de la présente critique.


Gare à ne pas vous étrangler par mégarde avec les grosses ficelles qui traînent partout. Le héros sauvé in extremis et autres fariboles – ce sera le mot du jour – sont le lot et même la substantifique moelle de ce qui compose ici notre malheur.


Il n’y a… rien. Pas de personnage marquant, pas d’univers travaillé, pas un soupçon d’originalité dans les modalités de la narration ; puis, dessins et paneling travaillent de concert à rendre l’escapade plus désagréable qu’elle ne devrait l'être.


« A… attends une minute » nous dirait presque ONE en nous agrippant par la manche après nous avoir vu battre en retraite la queue basse. « J’ai… j’ai un contenu original à proposer ».


Quoi ? Le fait pour les mages d’avoir invoqué des entités du futur avec des armes automatiques  ? C’est… c’est original, ça ? Ce pourrait l’être à condition d’en faire quelque chose pour perpétuer et consolider l’intrigue. Mais sinon un élément faussement excentrique et plus inopiné que constitutif d’une trame propre… c’est un artifice, pas un pan de l’œuvre qu’on nous livre là  ; une tentative désespérée de mimer la singularité pour n’aboutir finalement qu’au grotesque misérable.


Faut pas mélanger Warhammer et Warhammer 4000 et s’imaginer que ce qui en résultera sera automatiquement nouveau. On conjugue simplement deux caractères design bien connus, mâchés de longtemps et régurgités ensuite à foison, pour mettre de la fantaisie à pas cher et du trooper futuriste ensemble, sans finalement que ça n’aboutisse à quoi que ce soit dans les faits. J’y vois moins la main de la créativité que celle d’une improvisation essoufflée. Et c’est de ça dont sera faite l’histoire de Versus. Enfin « l’histoire », c’est être indulgent que d’oser le terme en considérant la circonstance.


Scénaristiquement ? Ça fait « BOUM », ça fait « PrrRRRSsShhHZZzzZ », ça fait « PAF » et ça fait chier. On a réaménagé le paysage de ce qui peut être le Shônen le moins inspiré de sa génération scripturalement parlant. Les applaudissements ne sont pas au rendez-vous, je le crains.


Dois-je faire mention de cette tentative désespérée – là encore – et lamentable – là aussi – qui consiste à faire afficher cette moue blasée typique des personnages principaux conçus par ONE ? Excepté que ça ne fonctionne pas ici. Ça sort de nulle part, ça ne convient pas au protagoniste  ; c’est rien qu’une manière d’essayer de faire de l’humour avec un gag répété par mille fois auparavant.


Versus, c’est naïf, c’est niais, c’est criard ; c’est vulgaire, et ça pense avoir un truc en plus quand ça n’a en réalité qu’une case en moins. Aucun travail n’est même entrepris pour chercher à mêler les univers technopunk et fantasy qui se mêlent de par le fait dans une intrigue bâclée. C’est dans le décor aimerais-je vous dire, mais ça l’est si peu. Le concept a simplement été jeté, en s’imaginant que cette innovation de haut-vol, que dis-je, ce trésor d’imagination qu’est le mélange de ces deux univers, se suffirait à soi dans son simple énoncé sans qu’il ne soit besoin d’épiloguer davantage sur son cas.

On appelle ça de la fainéantise. Caractérisée en ce qui concerne celle dont je fus le triste lecteur.


J’avais, dans un malheureux élan d’espoir – ça m’arrive – cru que One pouvait, dans ses apports au Shônen constatés le temps de Mob Psycho 100, incarner une autre facette du renouveau du Shônen. Une qui ne serait pas collée aux basques de Tatsuki Fujimoto. L’humilité, et surtout le dépit, m’enjoignent et me contraignent à reconnaître à quel point j’avais tort de m’être bercé de si chatoyantes illusions. ONE sans ONE a viré au Zero, il s’en sera fallu d’un rien ou peut-être d’un tout. La note attribuée à Versus – et amplement méritée – fera ainsi honneur à son nom de plume. Cette même plume contre laquelle je n’ai à présent plus que des griefs à adresser alors que je n’ai pas une chose de bien à dire de sa dernière composition en date.


À moins que ?...

Josselin-B
1
Écrit par

Créée

le 1 nov. 2025

Critique lue 175 fois

Josselin Bigaut

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3
5

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