Wake : L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves par gabylarvaire

Réveille-toi. Réveille-toi. Réveille-toi.


La première fois que je me suis réveillée, c'était grâce à ma meilleure amie de l'époque. Nous étions au lycée et elle s'interrogeait sur ses ancêtres. Elle voulait savoir d'où elle venait. de quel pays ses arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents avaient été arrachés pour être réduits en esclavage.

Alors elle lisait Toni Morrison, Maya Angelou, Angela Davis, les biographies de Martin Luther King, Rosa Parks. Elle n'y trouverait jamais de réponses, mais elle avait des alliés que nous ne pouvions pas comprendre. Nous ne pouvions pas la comprendre, mais nous pouvions nous réveiller à ses côtés. Alors j'ai lu tout ce qu'elle lisait. Je ne voulais pas dormir. Je ne voulais pas, comme ce camarade, croire que Nelson Mandela était un basketteur américain ou que Malcolm X était juste un film avec Denzel Washington.


Wake.


À la fin des années 1990, je ne comprenais pas pourquoi, en cours d'Histoire, on ne nous enseignait pas vraiment ce qu'avait été l'esclavage. Il n'en restait que des mots dans un manuel : esclavage, navire négrier, champ de coton, guerre de Sécession. Des mots froids. Des mots lointains. Comme si tout cela appartenait à un passé rangé au fin fond des États-Unis. Comme si cela ne nous concernait pas ou plus. Comme si c'était un pays loin loin loin, une époque loin loin loin qui, comme le dit Stephen Graham Jones, était celui de « gens volés pour cultiver une terre volée ».


On ne disait pas : des êtres humains que l'on avait kidnappés, arrachés à leur pays, arrachés à leur famille, séparés de leur mère, de leurs frères, de leurs bébés, de leur conjoint, puis ramenés de force sur une terre volée. On ne disait pas qu'ils étaient torturés, violés, enchaînés, fouettés, humiliés, rabaissés, méprisés, haïs, suppliciés.


« Morte de viols répétés. »


On résumait souvent l'esclavage à des gens qui travaillent sans salaire. Comme si le drame était concentré uniquement sur l'absence de salaire.


« Morte de viols répétés. »


On ne nous réveillait pas.


Rebecca Hall refuse une histoire qui ne raconterait que la soumission. Elle veut savoir où sont passées les révoltes des esclaves, et pourquoi celles des femmes semblent avoir disparu des livres. Je repensais sans cesse à cette phrase de Raoul Peck sur la couverture d'Exterminate All the Brutes : « L'Histoire est toujours racontée par les vainqueurs. »

L'interrogation de Rebecca Hall est si forte qu'elle quitte sa carrière d'avocate pour reprendre des études d'histoire. Commence alors une véritable enquête. Archives introuvables, documents incomplets, portes qui se ferment, silences institutionnels... Wake raconte autant cette quête que les femmes auxquelles Rebecca Hall tente de redonner un nom, une voix et une place dans L Histoire.

Il y a un passage qui m'a beaucoup secoué, c'est lorsqu'elle lit des archives et qu'elle tombe sur ça :"Au soir venant, les esclaves femmes se divertissaient sur le pont, à leur guise, les unes conversant, les autres dansant, ou chantant, s'amusant chacune à sa manière, prenant grand plaisir, ce qui souvent nous faisait passe-temps... Nombre d'entre elles étaient des jeunes filles vives, de gaie et bonne humeur, nous procurant abondance d'amusements; de même ces jolis petit garçons, que souvent nous gardions à notre service sur le navire." L'Histoire racontée par les vainqueurs.


***


C'est un avis personnel, mais, à mon sens, le choix de raconter cette histoire sous forme de bande dessinée plutôt que d'un essai n'est pas anodin. Les essais impressionnent parfois. On les imagine réservés aux intellos, comme si l'on ne se sentait pas à la hauteur de cette lecture. La bande dessinée, elle, franchit plus facilement ces barrières. le dessin est un langage universel. Il rend accessibles des sujets complexes.

gabylarvaire
8
Écrit par

Créée

le 17 août 2026

Critique lue 3 fois

gabylarvaire

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Wake : L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves

Wake : L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves

Wake : L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves

8

YvesMabon

le 9 déc. 2024

Suivre

Critique de Wake : L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves par Yv Pol

Wake. L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves, Rebecca Hall, Hugo Martinez, Cambourakis (traduit par Sika Fakambi)Rebecca Hall est juriste, historienne, petite-fille d’esclaves...

Du même critique

Us

Us

10

gabylarvaire

le 17 oct. 2025

Suivre

Critique de Us par gabylarvaire

« Ainsi parle l’Éternel : Voici, je vais faire venir sur eux un malheur, dont ils ne pourront sortir. Et ils crieront vers moi, mais je ne les écouterai pas. » Jérémie 11:11C’est par cette menace...

Le Portrait de Dorian Gray

Le Portrait de Dorian Gray

7

gabylarvaire

le 21 déc. 2025

Suivre

Critique de Le Portrait de Dorian Gray par gabylarvaire

Une écriture absolument magnifique, avec une plume trempée dans l'or, pour décrire une société gangrénée par le vice...Personnellement, si j'ai adoré la prose de monsieur Wilde, les personnages m'ont...

Kraken

Kraken

8

gabylarvaire

le 20 juin 2026

Suivre

Monstre marin cherche câlins désespérément

Kraken a pris cher dans les notes, et franchement je trouve ça un peu sévère. Alors oui, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard : des types motivés par le profit défient les lois de la...