Critiques de Stéphane de AAAPOUM pour les Inrockuptibles et DU9.org

Primé à de nombreuses reprises, parfois même par des instances littéraires, classé par le Time magazine comme l’un des cent meilleurs romans en langue anglaise publiés depuis 1923, Watchmen se voit auréolé d’une légitimation artistique qui dépasse de loin le cadre étroit de la bande dessinée. Selon certains critiques, il incarne même une sorte d’aboutissement ou d’absolu du media. Une pluie de louanges qui dénote, de prime abord, de l’étrange paradoxe, puisque Watchmen est avant tout un récit de superhéros.

Sauf que les couches d’entertainement masquent une uchronie hautement politisée, où l’Amérique toute puissante a remporté la guerre du Vietnam, évité le Watergate et, par conséquence, vit toujours sous la coupe d’un Richard Nixon plus anticommuniste que jamais. Une société de l’ordre où même les superhéros qui l’ont tant fait rêvée n’ont plus droit de séjour s’ils ne se placent pas officiellement au service du gouvernement. Le bloc de l’est, lui, menace à tout moment de s‘ingérer en Afghanistan, entreprise malheureuse qui entrainerait à sa suite l’explosion d’une troisième guerre mondiale, le recours aux ogives nucléaires et pour finir l’extinction de l’humanité. Seul espoir de paix, un étrange Ubermensh bleu baptisé docteur Manhattan, ancien scientifique victime d’une expérience sur l’atome, désormais doté de pouvoirs aussi incommensurables que difficiles a estimer. « Heureusement, il est américain », comme se plait à le dire un présentateur télé.

Au delà des scénarii, chaque œuvre de Moore est une expérience et celle de Watchmen est la plus aboutie. On y retrouve bien évidemment les obsessions qui nourrissent son écriture, à savoir une réflexion sur le bien fondé de toute gouvernance, une peinture de l’homme comme animal violent, un regard mystique qui définit le monde comme une carte à interpréter, et une ode du chaos, ce hasard angoissant capable des pires horreurs comme des plus beaux miracles. Pour les amateurs, Watchmen est surtout le récit qui a permis de transcender l’une des figures plus importantes de l’enfance, celle du superhéros, pour l’amener à l’âge adulte. Apôtres émouvants de la conditions humaine, ces ubermenshen se démarquent de la plèbe autant par leurs pouvoirs que par leur émotivité aiguë. Enfin, le chef d'œuvre de Moore tire sa singularité de sa perfection poétique et de son langage polysémique. Images et textes se répondent pour offrir une multitude de sens et de combinaisons. Une richesse qu’aucun autre support ne pourrait permettre et que l'auteur lui-même ne parviendra jamais à renouveler.

Pour continuer, un autre article sur DU9 : http://www.du9.org/dossier/sur-la-piste-du-maitre/
Et la critique du Film : http://www.du9.org/dossier/watching-the-watchmen/
aaapoumbapoum
9
Écrit par

Créée

le 21 juil. 2012

Critique lue 380 fois

Watchmen

Watchmen

4

Torpenn

le 29 juin 2012

Suivre

Not any Moore

Cette fois, c'est la dernière, j'en peux plus moi, votre dégénéré barbu végétarien que vous idolâtrez comme c'est pas permis, je vous le laisse, étouffez-vous avec si vous voulez, mais arrêtez une...

Watchmen

Watchmen

10

YellowStone

le 9 oct. 2012

Suivre

Quelle claque !

Ça faisait longtemps que je l'attendais celle-là ! Il y a peu de temps, je me disais que ça remontait à loin ma dernière claque culturelle. Vous savez, quand on découvre un truc complètement nouveau...

Watchmen

Watchmen

10

SBoisse

le 15 févr. 2018

Suivre

Quand Alan Moore se pique de commenter Juvénal

J'ai développé pour Watchmen une fascination coupable, que je ne peux que comparer à celles que je porte à Blade Runner et au Voyage de Chihiro. Trois découvertes, trois illuminations, respectivement...

Wet Moon, tome 1

Wet Moon, tome 1

8

aaapoumbapoum

le 3 déc. 2013

Suivre

Critique de Wet Moon, tome 1 par aaapoumbapoum

On peut constater un certain assagissement chez Atsushi Kaneko. Les formes se désentrelacent, les plans vont en se distinguant les uns des autres et les intrigues se clarifient. Pour résumer : 1) ...

Le Samouraï Bambou

Le Samouraï Bambou

8

aaapoumbapoum

le 21 juil. 2012

Suivre

Critique de Le Samouraï Bambou par aaapoumbapoum

"Un mauvais ouvrier a toujours de mauvais outils", dit l'adage. Mais qu'en est-il du Samouraï Bambou ? Talentueux guerrier, il semble au contraire avoir bradé sa magnifique lame pour éviter d’en...

Les Noceurs

Les Noceurs

9

aaapoumbapoum

le 21 juil. 2012

Suivre

Critique de Les Noceurs par aaapoumbapoum

Selon l’adage, « les absents ont toujours tort ». Or si pour une fois le tort revenait aux « présents ». A ceux qui persévèrent dans l’attente vaine de l’autre, qui guettent la chaise vide trônant au...