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343 critiques
J'adore ce mangaka
Les dessins sont toujours géniaux, les persos jamais trop simplistes, le scénario toujours imprévisible.
le 8 août 2024
C’est toujours avec une certaine appréhension que j’aborde les œuvres de Hiroaki Samura. De ce qu’il créé cet homme-là, je crains de m’en réjouir car je redoute d’aussitôt m’en décevoir. L’Habitant de l’Infini m’a marqué en ce sens. Si je lui trouve un talent de conteur et, naturellement, de dessinateur hors-pairs, je ne sais jamais trop vers où il tourne ses scripts lorsqu’il les entame.
J’étais cependant très vite rassuré de ce que je lisais avec Die Wergelder, car un chapitre aura suffit à me convaincre que ce que je lisais était précisément illisible. La narration, dans la manière dont elle s’agence, est bancale, confuse, maladroite ; au point qu’on n’y comprend rien sans savoir si cela était voulu ou non. Sans savoir… et sans en avoir quoi que ce soit à faire, car le fatras qui nous vient ennuie plus qu’il n’intrigue. À moins de se forcer, on ne parvient que difficilement au deuxième chapitre d’un tel manga.
Les personnages sont à jeter aux ordures, tous autant qu’ils sont. Arrogants et excessivement sûrs d’eux pour certains, stupidement impertinents pour d’autres, jovialement hystérique et cruelle pour l’une ; je ne savais pas qu’on pouvait écrire et dessiner ce qui me venait sans que je perçoive au moins, sur le papier, quelques taches venues accuser de larmes honteuses. Tout élément d’intrigue qui vous vient est chaque fois prétexte à refermer le tome pour passer à autre chose tant tout ce qu’on déballe y est affligeant.
Le scénario n’est ici dense que de ses boursouflures affectées et de son esbroufe. Tout y est inutilement verbeux afin de masquer l’inanité ostensible derrière un semblant d’intrigue qui se croit élaborée à défaut de l’être.
Avec du sado-maso en veux tu en voilà parce que… la question reste en suspens. Je crois que quelques épanchements libidineux de l’auteur ont coulé dans son encre et qu’il se sentait de tout déballer sous couvert de fiction. Alors on a des accoutrements en cuir, les accessoires qui s’y rapportent, un cadre teutonique, et tout ça sans finalité aucune si ce n’est de garnir une esthétique navrante propre à une œuvre qui ne se borne finalement plus qu’à ça. Le Sado-Maso avait un sens dans Ichi the Killer au travers de ses personnages principaux, même Prison School avait au moins un propos derrière cette variable S-M : celle de l’humour. Mais ici, d’intérêt à dispenser du sado-maso, vous n’en aurez pas même une ombre fugace sous les yeux. C’est là parce que c’est là, et c’est marre.
Je payais pas trop attention au milieu des scènes barbantes de fusillades et autres insipides bastons féminines en robe fendue, mais il est question d’une île spéciale où l’on ferait des expériences sur les enfants. Aurais-je lu ceci dans le synopsis que je me serais apprêté quelques semaines auparavant à me lancer dans une lecture qui, à l’aune de son seul résumé, promettait d’être lamentable dans tout ce qui le présageait. Et bien entendu, il est espéré de nous autres, otages de cette lecture grotesque, que nous soyons intrigués et prompts à vouloir découvrir le cœur de la conjuration et les abords de l’île qui nous concerne.
Eh bien non. Je n’avais qu’une idée en tête en lisant tout ceci, c’était d’en finir au plus vite alors que la fausse couche que j’observais persistait à se tortiller pour ne pas rencontrer son terme.
Plus d’éléments s’agrègent, comme une pile d’ordures venus fonder une décharge, et plus l’odeur indispose à se rendre aux pages qui nous viennent. L’intrigue, faute de savoir ce qu’elle fait, se disperse en une foultitude de protagonistes qui s’agitent pour la finalité de ce faire. Ce manga, d’un point de vue scriptural, est une incessante diversion cherchant à masquer qu’il n’y a pas de trame aux horizons. Vous aurez beau la chercher cinquante chapitres durant, pister sa trace et vous rengorger d’espoirs vains, vous ne trouverez à la place qu’un bricolage mal branlé où s’entortillent des protagonistes qui ne savent pas ce qu’ils font là.
Du coup, à ne pas savoir ce qu’on dit ; on brode. Dès lors, complot. Entreprise pharmaceutique, drogue, conséquences, journalisme d’investigation, foutaises en série, vengeance pour avoir brûlé un village d’enfance… C’est éreintant rien que de l’écrire tant la lourdeur de ces inepties me pèse sur la mémoire. Soit dit en passant, si vous espériez choquer pour une affaire de trafics de fétus, je crois que vous arrivez un peu à la bourre, monsieur Samura. Pas besoin de la fiction et du complot pour corroborer la thèse des enculés du lobby pharmaceutiques ; tout est en accès libre, et sans maîtresse S-M venue castagner le tout-venant au milieu de l’affaire.
Die Wergelder est un film d’action américain embarrassé de cent inutiles lignes de script supplémentaire à qui on a, en sus, implémenté une variable sado-maso – j’insiste – sans aucune raison valable. Non seulement on s’emmerde à le lire, mais on se met en colère de voir qu’on nous prend autant pour des imbéciles à nous faire croire que l’intrigue ait ici la moindre épaisseur, sans cesse éconduite dans des bavardages visant, apparemment, à épaissir le cuir d’une entité décharnée. J’aimerais pouvoir en dire que ça aurait gagné à ne durer que deux volumes, mais la vérité, c’est que ça n’aurait pas dû exister en premier lieu.
Prends Akira, injecte du Black Lagoon en mettant l’emphase sur les nanas « trop badass t’as vu » pour abâtardir le tout, un peu de Mother Sarah peut-être, mets-y aussi plein de mots allemands par-dessus – plein ! – du SM, des gens qui parlent, qui parlent, qui paaaaaarlent, mais qui jamais ne disent rien pourtant ; et vous l’avez, votre chiure. Mais pourquoi la vouloir, en premier lieu, alors que tout dans son écriture s’accepte comme le plaidoyer d’une erreur manifeste ?
Le plus drôle, c’est que la série se poursuit cahin-caha depuis 2011, ayant excrété six volumes jusqu’à présent ; et qu’elle se paye le culot d’être toujours en cours de parution. Imaginez que, peut-être, des gens attendent après le prochain chapitre de Die Wergelder. Ils ne doivent pas être nombreux cela dit, car Samura a l’air de prendre son temps (pas pour s’appliquer) avant de revenir à ses erreurs. Il s’embarque sur cent projets à la fois, avec la suite de l’Habitant de l’Infini – infecte du peu que j’ai pu en lire – et Born to be on Air. Ne sait il pas, cet homme-là, que qui trop embrasse mal étreint ?
Bah, allez parler d’embrasser et d’éreinter à un Jap’ qui, apparemment serait trop porté sur les choses du cuir. Je le plaindrais presque d’avoir ces vilains penchants, mais pour m’être infligé sa purge, je dois être le plus masochiste de l’affaire. Ou bien le plus sadique, car je n’en ai lu les errements qu’avec, à cœur, la perspective de venir écharper ici son nouvel égarement scriptural.
Créée
le 29 nov. 2025
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Les dessins sont toujours géniaux, les persos jamais trop simplistes, le scénario toujours imprévisible.
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