Édifiant ? Peut-être pas, mais bouleversant et... magnifique

Avis sur 120 battements par minute

Avatar Fleming
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Un tel film ne peut laisser indifférent, si bien que chacun va vouloir y aller de sa propre critique. Je vais donc essayer de ramasser mon avis en peu de lignes. Comme ça, si personne n'a le temps de la lire, je n'aurai pas trop perdu de temps à l'écrire.

Il y a des choses que j'ai aimées (1) et des choses que j'ai moins aimées (2).

1. J'ai aimé la présentation générale du drame, son exposition, ce qui est très bien formulé dans le résumé du film repris par SensCritique : "Début des années 90 (sous l'ère Mitterand 1981-1995). Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale". Tout cet aspect-là m'a surpris et beaucoup plu, notamment par son ton direct et l'immersion immédiate à laquelle il nous soumet. On sent que Campillo et son co-scénariste connaissent le sujet sur le bout des doigts, l'ont vécu de l'intérieur. Les réunions hebdomadaires de l'association, ses interventions (ses "coups") auprès des sociétés pharmaceutiques et dans les lycées, les grandes manifestations dans les rues de Paris, tout cet aspect "reconstitution" m'a semblé très réussi, m'a enthousiasmé. On a quasiment l'impression d'être dans l'amphi où se tient la séance, au milieu des participants à qui on aurait miraculeusement redonné vie. Et ces participants sont sympathiques (le casting des acteurs est très bon, ils font tous preuve d'un naturel incroyable !). On adhère à leur combat, à leurs préoccupations, leurs angoisses, leur révolte. On sympathise avec leur franchise, leur courage et, oui, on les admire (eux, ces "rebuts de la société", ces pédés, gouines, séropo, malades qui se savent contaminés par un virus mortel qui décime leurs rangs, eux qui ont à peine vingt ans, au plus trente, et qui vont très probablement mourir d'une mort atroce et prochaine, eux qui savent que leur bilan sanguin se dégrade de plus en plus et que leurs jours sont comptés, eux qui luttent héroïquement contre la maladie et l'indifférence des pouvoirs publics).
On est avec eux et, en même temps, on sait que c'était il y a vingt-cinq ans et que si la situation est tout de même moins dramatique aujourd'hui, si les choses se sont quand même améliorées, du fait de médocs anti-sida plus efficaces, capables d'enrayer (durablement ?) la progression de la maladie, c'est en bonne partie grâce à eux, eux (ils étaient combien : deux cents, deux cent cinquante ?) qui ont refusé de toutes leurs forces de subir passivement leur destin, de prendre leur mal en patience, bref de mourir en silence. Tout cet aspect là, j'ai vachement aimé. Et je me suis dit que le film était utile, aurait un effet social bénéfique (n'en déplaise aux grincheux).

2. J'ai trouvé moins réussi l'histoire d'amour qui naît à mi-film entre Nathan (nouveau venu dans le groupe Act Up et à ses réunions hebdos) et Sean qui lui fait partie de l'association depuis sa création et en est une des figures marquantes et radicales.
En eux-mêmes, les deux jeunes gens ont des personnalités intéressantes et sympathiques (et les deux acteurs les personnifiant sont top), ce n'est pas le problème, mais la relation des péripéties de leur amour ne m'a pas pleinement convaincu. J'ai trouvé que les scènes d'amour physique entre eux étaient assez gonflées, mais pas suffisamment bien filmées (pour moi, François Ozon a mieux filmé ses scènes de sexe dans L'Amant double mais... peut-être que c'était plus facile). Ces scènes, à la fois longues et suffisamment floues pour ne pas être stigmatisées comme pornographiques, m'ont laissé assez froid, alors que par exemple, dans BrokeBack Mountain, le baiser passionné entre les deux amants qui se retrouvent des années plus tard m'avait époustouflé, je m'étais dit : "Bon sang ! Ils prennent un vrai pied !"
De plus, comme on sait très vite Sean gravement atteint, il m'a été difficile de ne pas contempler les ébats amoureux des deux garçons (l'un séroneg, l'autre séropo et bientôt malade déclaré) avec une sorte de recul instinctif, de peur irraisonnée.

En revanche, quand la maladie de Sean empire, l'attachement que continue de lui manifester Nathan, les soins, l'amour, l'aide qu'il lui prodigue jusqu'au bout m'ont semblé extrêmement touchants. J'ai trouvé les vingt dernières minutes du film à la fois bouleversantes, mortifères et cependant magnifiques. Et c'est gorge nouée que j'ai quitté la salle.
Un mot encore, sur la B.O. L'utilisation du "Smalltown Boy" de Bronski Beat m'a semblé très appropriée. Dans ma mémoire, le film lui restera pour toujours associé.

Bref, merci à Campillo et à toute l'équipe. Faites-nous-en d'autres.

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