Irrégulièrement bon

Avis sur 120 battements par minute

Avatar Joanna Lo
Critique publiée par le

Il m’a fallu deux jours pour repenser ce film moyen sur un sujet important, comme un très bon film à recommander.
Act up, je n’en avais jamais entendu parler. Pas même la capote sur l’obélisque. 120 battements par minutes me plongeait dans un monde et une période inconnue, juste aux côtés des petits nouveaux dans ce groupe de militants.
Redoutant un film sur-noté par la croisette, je garde un sourcil (légèrement) froncé, jusqu’à la tirade de Sean dans le métro, dont la chute m’arrache finalement un sourire.

L'histoire collective fonctionne et l'on s'immisce dans le quotidien de militants et non simplement de malades, véritable force du sujet. Les débats en réunions hebdomadaires sont passionnés, houleux, mais surtout portés par des dialogues écrits avec clarté et une mise en scène qui essuie tout ennui lié à la simple vue d’un amphi. Les acteurs campent tous des personnages forts aux positions et convictions diverses mais ayant à cœur le même combat. Et quand bien même les personnages de Sean et Nathan se dégagent du collectif, le rôle de chacun reste préservé, preuve de la richesse scénaristique.
Alors parlons-en de Sean et Nathan. Ces deux personnages aux antipodes, incarnés avec une justesse déconcertante par les acteurs, viennent donner un peu plus de rythme à l’histoire. Un baiser farouche, volé avec insolence, suivi d’un sourire béat et c’est parti. (Et je crois que cette scène s’inscrit, pour moi, parmi celles des meilleurs baisers de cinéma.)

L’histoire va alors alterner entre l’association et l’intimité de ce couple, dans un parfait équilibre. Mais l’histoire d’amour installe aussi celle de la maladie, et en s’immisçant ainsi dans leur vie privée, nous fait découvrir petit à petit le quotidien de Sean, bien plus malade qu’il n’y parait. C’est le combat invisible, accolé au combat médiatique qui prend forme. Et l’on assiste à des scènes fortes, comme celle où Sean s’emporte en réunion, outré de ne pas faire « assez malade » aux yeux des autres, comme celle -superbe et osée- de la branlette sur le lit d’hôpital.
Pourtant, mon sourcil se fronce à nouveau devant la rivière rouge, et la tournure pathos que prend la fin. Toute cette partie-là me semble en trop, et ne fait pas sens. La scène d’euthanasie n’est pas claire et le défilé funèbre manque, à mes yeux, cruellement de subtilité.

Mais malgré cette fin qui ne m’émeut guère, malgré plusieurs scènes qui ne m’ont pas convaincues de leur utilité scénaristique (et je pense aux scènes de danse -peu subtiles elles aussi- et celles des molécules -belle scène contemplative certes, mais peu en phase avec le reste du film), je réfléchis encore et encore à ce que j’ai vu, et échange volontiers avec qui l’aura visionné.
Malgré ces petites irrégularités de mise en scène, et ces quelques longueurs, ce film qui semblait juste bon à raconter un sujet important, est en fait bien loin de laisser indifférent.

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