120 battements par minute, de Robin Campillo, ravive la mémoire des années Act Up, cette association qui, dans les années 1990, menait un combat acharné contre le sida. Le film rappelle avec force que, durant cette période, la maladie fauchait des vies sans distinction. Il suffisait parfois d’un geste d’amour pour que le virus s’insinue et bouleverse tout. Les premières victimes furent surtout les hommes gays et les personnes toxicomanes, confrontés à une stigmatisation aussi violente que l’épidémie elle-même.
Mais l’œuvre de Campillo dépasse largement la simple piqûre de rappel : c’est une fresque historique, politique et profondément romanesque. Le réalisateur nous plonge au cœur d’Act Up, nous faisant partager ses luttes, ses valeurs, ses tensions internes, ses élans de solidarité et ses erreurs. À cette dimension militante s’entrelace une histoire d’amour et de mort, d’autant plus bouleversante qu’elle semble encore vibrer dans notre présent.
Revenir à cette époque, finalement si proche, a quelque chose de saisissant. Campillo aurait pu se contenter d’un récit documentaire, mais il choisit au contraire de composer un film lyrique, brûlant de vie, habité d’une chaleur humaine rare. Un cinéma puissant, sensible, et qui marque durablement.