Crudité insolente & nécessités décorées

À partir des mémoires de Solomon Northup, Douze ans d'esclavage (1853), ce drame historique traduit sur grand écran le sort des esclaves noirs au milieu du XIXe siècle. Northup était un « free negro », un homme noir né libre, capturé puis vendu aux esclavagistes des plantations de Louisiane.


Si on est préoccupé par le sujet, on jugera le film ''nécessaire''. C'est ce qu'il est tout au plus : nécessaire pour une cause. Pour le reste 12 years est limité et en tant qu'objet de cinéma, assez frustrant. Film à Oscars résolument conventionnel et bien-pensant, il est juste ça : un sujet illustré, décoré. Et à ces fins, Steve McQueen était un choix parfait. D'ailleurs la mise en scène est virtuose, limpide et lumineuse.


C'est bien d'elle que vient le supplément. Car puisqu'il s'agit de bien afficher la souffrance, le mieux à faire est de la rendre concrète. Steve McQueen a une façon bien à lui de montrer la souffrance des hommes : dans Hunger et dans Shame, il scanne l'environnement, ausculte le mal qui ronge. Tout éclate à la figure avec une crudité insolente. L'effet est curieux, peu poignant mais il habite l'esprit, qu'il arrive à conquérir en le meublant paisiblement. À cette manière spécifique de s'imposer s'ajoute ici la violence de séquences démonstratives, forçant le spectateur à coller son regard sur les épreuves physiques de ces hommes maltraités.


12 years a slave se distingue des grandes fresques besogneuses grâce à ces qualités esthétiques. Il demeure un produit creux et manichéen (petit précis sur la cruauté ordinaire des dominateurs), globalement sans caractère.


https://zogarok.wordpress.com/2014/02/11/12-years-a-slave/

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le 9 févr. 2014

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Zogarok

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