Sous le bandeau, tiré de faits réels (opération Apagan), on s'attendait à un récit plus nourri que la série Kaboul, même sous couvert de fiction, tous deux pratiquement à l'identique et aux mêmes travers. Tout deux d'après l'ouvrage 13 jours, 13 nuits : dans l'enfer de Kaboul de Mohammed Bida, (officier de sécurité à l’ambassade de France en Afghanistan). Tourné pour l'un au Maroc, pour l'autre en Grèce.
Si le film évite de se planter comme la série qui accentuait la sympathie des uns et des autres notamment des talibans qui n'hésitaient pas à sauver des femmes et où tous parlaient toutes les langues sauf l'arabe, il semble que le film ait été adapté en fonction de l'actualité et de la même manière que la série, la violence faite aux femmes afghanes est balancée par quelques phrases isolées sans intérêt, ni enjeu.
La caméra au plus près, joue de l'urgence, apporte parfois tension, sans que tous les acteurs arrivent à nous signifier l'angoisse et on suivra bien souvent les allers retours de Bida, prenant des risques à l'extérieur pour sauver un ami, contrecarrant les ordres d'un gouvernement pétri dans ses protocoles -qui ont le mérite de nous rappeler les incompétences et le peu de considération-, même si on perçoit une vraie tentative à rappeler l'horreur de la situation, c'est surtout R.Zem seul contre tous et les rôles secondaires pour seule représentation. Tout comme quelques intégristes faisant le pied de grue devant l'ambassade, ou à bord de leur camion surarmés font office de bascule du pouvoir, et où le danger du déplacement en bus se dotent de scènes totalement accessoires, croisant quelques talibans qui vont et viennent encore sans bien savoir ce qu'ils sont censés faire. D'un récit choral ce sont les différents points de vue distillés tout aussi rapidement qu'ils disparaissent qui minorent la tension pour les deux tentatives de retracer les imbrications et la difficulté d'action.
Quelques personnages fictifs dont on ne sait plus qui est vraiment qui. La journaliste (S.Babett Knudsen) a t-elle existé dans ses envolées humanistes face à une mère isolée au milieu de milliers d'Afghans à sauver ? Le commandant des Talibans a-t-il vraiment demandé l'asile ? Si nous savons que l'attentat a été réel près de l'enceinte de l'aéroport, le panneau mentionnant la mort d'une sergente (et de 13 GI) accentue l'héroïsme des français et le courage américain, au détriment des Afghans qui ne sont qu'ombres mouvantes au milieu du chaos. (Sergente dont on verra une photo hommage avec dans ses bras un bébé afghan – sans savoir évidemment, ce qu'il est advenu de ce bébé). On oublie en passant les Afghans tués dans l'attentat. Pas sûr alors que dans notre société actuelle le visionnage de ce film puisse faire changer la donne de notre nouveau radicalisme et du rejet de l'autre, au profit de la bienveillance pour les peuples martyrisés et en demande d'asile.
Et puis ce réalisme est sapé également par l'absence d'un personnage important, le traducteur. L.Khoudry remplaçant pour les besoins de production, Wali Mohamaddi (fils d'un commandant assassiné, membre de l'Alliance du Nord, mené par A.S.Massoud, de sa fuite en Europe et se retrouvant lors de la prise de Kaboul en Afghanistan avec sa famille et qui assistera M.Bida). On aurait aimé que cet homme-là soit cité à minima. Il ne nous reste qu'à trouver Kaboul Chaos un documentaire de 2024 retraçant les négociations.