Avec sa prouesse formelle basée sur une succession de plans-séquences, 1917 est l'un des films les plus happant et immersifs de ces dernières années. Une expérience qui se rapprocherait presque d'une simulation en réalité virtuelle, tant le spectateur est emporté dans le récit avec autant d'engagement que les deux protagonistes.
Après une brève introduction très efficace dans les tranchées, exposant la situation des deux caporaux, leur dynamique et les enjeux de la mission à accomplir, le récit se lance sans tarder. Tout comme les deux personnages, le spectateur est immédiatement envoyé dans le no man's land, sans avoir le temps de se poser...
Et il va sans dire qu'on s'y croirait, grâce aux spectaculaires décors criant de réalisme, et une ambiance repoussante baignée dans la dégueulasserie. Ici grouillent les rats, pullulent les cadavres en décomposition, et s'hérissent les barbelés inhospitaliers. Tout est hostile et inquiétant pour les personnages.
A partir de là, des péripéties plus intenses les unes que les autres s'enchaineront, toujours dans de somptueux décors magnifiés par la photographie de Roger Deakins. Des rencontres marquantes, et même parfois touchantes auront lieu. La plus déchirante étant celle d'une jeune française accompagnée d'un bébé, qui pourrait donner envie d'enfin se poser, d'abandonner la mission... Mais qui en même temps rappelle ses enjeux.
Car elle est là, la plus grande force de 1917. Au-delà de la forme qui immerge totalement le spectateur dans cette expédition en quasi temps réel, l'investissement émotionnel nait avant tout de la simplicité et de la puissance des enjeux de cette mission.
Il s'agit de sauver des milliers de jeunes hommes, mais surtout UN en particulier. Le frère de l'un des deux caporaux. Il est d'ailleurs très touchant de voir que le second caporal, au début réfractaire à l'idée de faire cette mission à haut risque, sera de plus en plus investi dans celle-ci, alors qu'il n'a pas de frère en danger de mort. Cela se conclura d'ailleurs dans une scène d'une puissance émotionnelle largement à la hauteur de toute l'aventure épique traversée jusque là.
C'est donc le plus naturellement du monde que chaque spectateur peut plonger à bras le corps dans cette aventure, et se retrouver entraîné jusqu'à son terme en étant chamboulé de tous les côtés, sans même comprendre ce qui lui est arrivé.