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le 29 juil. 2013
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Bienvenue à Ciné-Sophia. Attachez vos ceintures de sécurité, rangez vos mouchoirs et préparez-vous à une séance de haute voltige chronologique où la vie tient dans une balance de cuisine.
Aujourd'hui, on passe au scalpel 21 Grammes d'Alejandro González Iñárritu. Un film tellement déconstruit que même son monteur a dû prendre de l'aspirine, et où le destin s'amuse à télescoper un mathématicien mourant, un ex-taulard mystique et une mère endeuillée dans un joyeux chaos existentiel.
Si vous pensiez que le destin était une ligne droite tracée par la providence divine, Iñárritu est là pour vous prouver que c’est plutôt un puzzle de 1000 pièces mélangé par un enfant sadique. Dans 21 Grammes, le grand concept qui hante chaque plan fixe et chaque grain de pellicule hyper-saturé, c'est la Contingence contre la Nécessité, un grand classique qui faisait déjà transpirer Baruch Spinoza et Gottfried Wilhelm Leibniz.
Pour Leibniz, nous vivons dans le « meilleur des mondes possibles », où chaque événement, aussi tragique soit-il, est calculé par une harmonie préétablie. Eh bien, allez expliquer l'harmonie préétablie à Sean Penn (Paul), qui ne doit sa survie qu'à la mort des enfants de Naomi Watts (Christina), fauchés par le pick-up de Benicio del Toro (Jack), un criminel repenti qui pensait que Jésus lui avait donné le permis de conduire. C'est là que l'ironie tragique du film bat son plein : le hasard le plus brutal devient la nécessité des uns, et la tragédie des autres. Spinoza, lui, sourirait doucement en regardant Benicio del Toro s'autoflageller : il lui rappellerait que sa « culpabilité » n'est qu'une illusion due à son ignorance des causes universelles. Jack se croit libre de ses péchés, mais il est juste le maillon d'une chaîne causale qui passait par un feu rouge.
C’est alors qu'entre en scène le fameux mythe des « 21 grammes », le poids que nous perdrions tous au moment exact de notre mort. L'âme aurait donc un poids matériel, le même que « deux pièces de dix centimes», « une barre de chocolat » ou « un colibri ».
Depuis Platon, les philosophes cherchent à comprendre ce qu’est l’âme ; depuis Hollywood, on préfère savoir combien elle pèse. Chacun ses priorités.
On est en plein dualisme cartésien matérialisé. René Descartes cherchait désespérément l'âme dans la glande pinéale ; Iñárritu, lui, l'a trouvée, et elle pèse le poids d'un paquet de chewing-gum. On imagine sans peine la déception d'Immanuel Kant, pour qui l'âme est une idée transcendantale pure, incognoscible par l'expérience, se faisant soudainement peser sur une balance de boucher après un arrêt cardiaque.
Pour couronner le tout, le film s'offre une plongée vertigineuse dans l'Angoisse existentielle de Martin Heidegger. Les personnages ne vivent pas, ils sont « jetés là » (Geworfenheit), projetés dans une temporalité éclatée où le futur (la mort imminente), le passé (l'accident) et le présent (la vengeance) se mélangent dans un blender temporel.
Paul passe le film à chercher le sens de sa vie à travers le cœur d'un autre, pour finalement conclure, dans un monologue final d'une lourdeur poétique absolue, que la vie continue, peu importe le poids qu'on perd en route.
En résumé, 21 Grammes est une formidable expérience de pensée qui démontre avec brio que pour faire de la grande philosophie au cinéma, il faut beaucoup de larmes, un montage non linéaire qui donne le tournis, et la certitude absolue que, quoi qu'il arrive, le destin a un très mauvais sens de l'humour.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes 2 Vu et Noté, Platon, Baruch Spinoza, Immanuel Kant et Gottfried Wilhelm Leibniz
Créée
le 24 juin 2026
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le 29 juil. 2013
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