"Une jeune fille de 14 ans cherche à avoir ses premiers rapports sexuels ; elle se rabat sur des partenaires qu'elle n'aime pas voire qu'elle déteste."
Chez Breillat la chair est triste, entendais-je dans un cinéclub. Pas que la chair semble t-il : les ados boutonneux en construction précaire, les quadragénaires rabougris par la vie, les fêtes de village insipides, les vacances au camping des flots pas bleus du tout (où il flotte surtout), les parents à la fois étouffants et abrutis, etc., tout est globalement triste ici. Une grande lassitude de vivre, et ça commence dès 14 ans.
Les premiers émois sont apparemment très peu émouvants. On veut (pour soi uniquement) en retirer quelque chose, et on n'en retire que des pleurs puérils qui ne résolvent rien, ou des sourires jaunes, ou des grincements de dents. Une envie de sexe mais qui se passe d'une envie de l'autre, "coucher malgré l'autre".
Le film vaut notamment grâce à quelques bons acteurs et actrices, un caméo de Jean-Pierre Léaud, des répliques bien senties, un montage efficace de Yann Dedet (qui a fait ce qu'il a pu, nous dit-il dans Le Spectateur zéro). On peine à imaginer en quoi ce cinéma pourrait aller plus loin, si ce n'est continuer de creuser le même sillon matérielo-dépressif. Nul pas de côté, ni même, de transfiguration de l'état d'âme, que ce soit du côté d'une sublimation, ou à l'inverse d'une métaphysique de la dépression. Juste une tristesse qui tache, qui colle à la matière et souffre de l'absence d'horizon. Breillat touche ici quelque chose, sans doute, en même temps que les limites apparentes de son cinéma.