5 Septembre
6.7
5 Septembre

Film de Tim Fehlbaum (2024)

Voir le film

Lorsque l'histoire cesse d'être écrite à la lueur du recul

Tim Fehlbaum signe avec Septembre 5 une plongée haletante dans l’œil du cyclone, là où l’image capte l’instant et le transforme en mémoire. Ce n’est pas la tragédie des Jeux olympiques de Munich en 1972 que le film reconstitue, mais la manière dont elle fut captée, transmise, disséminée sous le regard d’un monde médusé.

Munich 1972 est un tournant. Pour la première fois, un acte de terreur se déroule sous l’œil des caméras, sans filtre ni décalage temporel. Ce que Septembre 5 capture avec précision, c’est cette bascule où l’Histoire cesse d’être écrite à la lueur du recul pour devenir une narration en flux tendu.

Le film embrasse cette tension à travers une mise en scène nerveuse et immersive. La salle de régie devient un champ de bataille où chaque seconde compte, où chaque plan diffusé peut bouleverser l’équilibre précaire entre vérité et manipulation. Peter Sarsgaard incarne un Roone Arledge tiraillé entre le devoir journalistique et la crainte d’exploiter le malheur. Face à lui, John Magaro en Geoffrey Mason incarne cette génération de producteurs pour qui l’adrénaline du direct est une drogue douce.

Si Septembre 5 se distingue par son réalisme, il brille surtout par sa réflexion sur l’image en tant que vecteur de pouvoir. En mêlant avec une fluidité troublante des images d’archives à la reconstitution, Fehlbaum efface la frontière entre réel et fiction, questionnant notre propre position de spectateur. Dans cet enchevêtrement d’écrans et de moniteurs, où la fiction ne fait que prolonger le réel, la tragédie de Munich devient une boucle infinie, un spectacle que l’on rejoue sous différentes formes, jusqu’à l’épuisement du sens.

Ce que le film souligne avec acuité, c’est la manière dont un événement historique se transforme en narration. La salle de régie devient une scène, les journalistes des dramaturges improvisés, contraints de donner une forme au chaos. Et c’est dans cette course effrénée que Septembre 5 trouve son souffle tragique : la volonté d’informer finit par modeler l’événement, le regard médiatique devient un acteur à part entière du drame qu’il tente de capturer.

Le film s’achève sur une note amère, un écran noir qui laisse résonner le silence après la frénésie. Comme une coupure d’antenne brutale. Comme une invitation à repenser notre rapport aux images, à ce que nous voyons et à ce que nous choisissons d’oublier.

cadreum
8
Écrit par

Créée

le 21 févr. 2025

Critique lue 25 fois

cadreum

Écrit par

Critique lue 25 fois

8

D'autres avis sur 5 Septembre

5 Septembre

5 Septembre

8

Behind_the_Mask

le 6 févr. 2025

Suivre

Ethique et images

1972, 2015, 2023 : les ondes de l'histoire se propagent. Et 5 Septembre acquiert dès lors une résonance des plus particulières aujourd'hui encore.Mais 5 Septembre, c'est avant un thriller en vase...

5 Septembre

5 Septembre

9

D-Styx

le 4 févr. 2025

Suivre

Les débuts du direct !

Chaque début d'année apporte son lot de belles découvertes et de petites surprises. Au mois de janvier l’année dernière, j’avais été marqué par La Vie rêvée de Miss Fran ainsi que Les Chambres...

5 Septembre

5 Septembre

7

Yoshii

le 6 févr. 2025

Suivre

Flux continu

Alors que le Munich de Spielberg s’attachait à décrypter les enjeux politiques et diplomatiques de l’enlèvement de 10 athlètes israéliens lors des JO de Munich en 1972, 305 septembre3 lui oppose un...

Du même critique

Bugonia

Bugonia

8

cadreum

le 28 sept. 2025

Suivre
Dernière modification

le 2 déc. 2025

Eddington

Qui est le film ? Bugonia est la transposition par Lanthimos d’un matériau coréen. Le film reprend librement la structure de Save the Green Planet! (2003) et s’en fait une réécriture en anglais. Le...

Wicked

Wicked

7

cadreum

le 1 déc. 2024

Suivre

Réinvention imparfaitement sublime de Oz

Dans l’écrin chromatique du pays d’Oz, Wicked déploie un tableau où le familier et la ré-inventivité se répondent. Les palais scintillent d’émeraude, les prairies s'étendent, et les costumes...

Jouer avec le feu

Jouer avec le feu

3

cadreum

le 31 janv. 2025

Suivre

Dangereuse représentation de la radicalité

Dans "Jouer avec le feu" , Pierre, cheminot veuf, n’a que ses mains pour travailler, que ses principes pour tenir debout. Il a élevé ses fils dans l’idée d’un monde juste, où la lutte ouvrière et la...