Après Pittsburgh et l’Amérique prolétaire et non moins sensuelle de “Flashdance”, (souvenez-vous de Jennifer Beals qui était à la fois soudeuse et danseuse de nuit), Adrian Lyne s’approprie la bouillonnante New York, en narrant la relation aussi charnelle que toxique entre un trader entouré de mystère (Mickey Rourke) et une belle responsable de galerie d’art (Kim Basinger). Nous voilà plongés - dès le générique - dans une mégalopole interlope de l’ère reaganienne où le luxe côtoie la pauvreté - où yuppies et sans-abris font trottoirs communs. En esthète de l’image, le futur réalisateur de “Liaison Fatale” et “L’Echelle de Jacob” joue avec les lumières et les ombres de la ville - autant les boulevards que les bas-fonds - en les surexposant. Il filme en gros plans aussi bien la jungle urbaine, que les corps en plein émoi, Il mélange l’intimité d’une liaison avec l’agitation de la foule. Les néons des sex-shops de “Big Apple” bavent leurs couleurs criardes pour mieux attirer les curieux, comme des insectes piégés par les phares d’une voiture. Et de piège il en sera question, quand Elisabeth McGraw (K.Basinger), divorcée, travaillant à la Spring Street Gallery tombera sous le charme de John (M.Rourke), financier à Wall Street. Débutant alors comme une relation torride, la séduction va très vite laisser sa place à des rapports de domination de plus en plus puissants. Le roman court “Le Corps Etranger” d'Elizabeth McNeill (Ingeborg Day, son nom de plume), sert de base au long-métrage. Le scénariste Zalman King (réalisateur de “L’Orchidée Sauvage” sous-produit de “9 semaines ½") extirpe de l’oeuvre originale, le côté glamour - peu présent dans le roman - grâce évidemment à la plastique et au charme des deux comédiens principaux - jamais couple n’aura été aussi cinégénique - mais en partie aussi graĉe à sa bande-originale, années 80 pur jus. Qui peut oublier la scène de strip-tease au son de “You Can Leave Your Hat On” ? Malheureusement, ce même côté glamour desservira le film et le reléguera de facto au rang de porno-soft par une partie de la critique. Sorti en pleine génération MTV, “9 semaines ½” souffre d’une temporalité tardive. En effet, quelques années plus tôt, l’âpreté et le côté frontal du cinéma des seventies auraient certainement mieux servi le récit de cette liaison malsaine vouée à l’échec, au lieu de lui conférer cette aura de long clip ultra-sexy !