Au moment d'évoquer ce film, il est évidemment impossible de me départir du souvenir adolescent que j'en avais : pour moi, Neuf semaines et demie, c'était, pour ce que j'en comprenais, l'histoire d'une passion amoureuse dévorante, point. Je ne pouvais pas ressentir le malaise qui finit par s'installer entre les deux amants, parce que je n'avais pas les mots, je n'avais pas connaissance de la notion d'emprise.
Le couple Mickey Rourke- Kim Basinger étonne par sa beauté, malgré la couche de laideur associée aux coupes de vêtements et aux coupes de cheveux des années 80. Pour savoir à quoi ressemble aujourd'hui Mickey Rourke, difficile de réfréner un frisson ; difficile aussi d'ignorer que la carrière de Kim Basinger fut exagérément brève — Jamais plus jamais en 1983, en James Bond Girl ; Batman de Tim Burton en 1989 ; L.A. Confidential, en 1997, en prostituée —, et si elle l'a toujours vue occuper des rôles de plus ou moins potiche, ce rôle-ci, dans le film d'Adrian Lyne en 1985, aura sans doute contribué à la cataloguer "sulfureuse", sans lui ouvrir de perpective d'emplois moins indexés à sa pure, très pure plastique.
Ce qui m'a frappé en revoyant ce film, des décennies plus tard, c'est à la fois une forme d'audace pour l'époque : j'avais oublié une scène de masturbation parfaitement explicite, et la relative sagesse voire pudibonderie du film : on entrevoit les seins de Kim, il n'y a pas vraiment de plan de nudité totale — enfin, brièvement, de dos. On voit une fois Mickey Rourke torse nu.
En une seule occurrence les voit-on vraiment coïter. Et encore, c'est empreint d'un esthétisme qui met l'acte lui-même quelque peu à distance.
Que cherche vraiment John ? Manifestement, il endosse un rôle qu'il aime tenir auprès de ses multiples conquêtes, plus qu'il n'entre dans une relation amoureuse à proprement parler. Il veut faire de Liz sa chose, jusqu'à tenter de lui imposer des fantasmes qu'elle vit comme trop dégradants pour rester avec lui.
Autrement dit, Liz cesse d'être victime consentante et s'en va quand elle en a assez, qu'il va trop loin pour elle.
Mais si c'était comme ça dans la vraie vie !
Plus profondément, metoo est passé par là, il serait impossible aujourd'hui de traiter de ce thème d'une façon aussi glamour, sans que le film ne suscite le rejet. Il règne dans Neuf semaines et demie une forme d'atmosphère désuète, à l'image de ce New York de carte postale où s'insèrent les ébats d'un couple juste un peu transgressif, et le revoir aujourd'hui m'a donné l'impression d'une œuvre finalement assez prude, où même l'emprise en tant que telle s'arrête — fort heureusement — au seuil du trash et du non consenti.
Au reste, la photo et la mise en scène sont plutôt réussies, et donnent l'impression qu'il y avait possibilité pour un cinéaste plus inspiré de faire de ce film une œuvre vraiment marquante. Au lieu de quoi, j'ai ressenti une forme de déception, comme s'il s'agissait plus d'un long vidéoclip que d'un film à proprement parler.
(Naturellement, le côté "il décide, elle obéit", bref le sexisme totalement assumé du film, est des plus déplaisants. Ou le serait s'il était possible de prendre cela au sérieux.)