Le bleu lumière

Avis sur Abyss

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« Je recherche des histoires uniques et spécifiques qui proposent un véritable challenge, c'est ce qui m'intéresse avant toute chose. »

C'est sans doute pour cela que je l'aime tant, Jim.

Car chaque monde qu'il nous invite à explorer fait penser que tout est possible. Car presque chaque film qu'il offre porte le média un peu plus loin dans son approche, tout comme l'imagerie des effets spéciaux.

Cette citation fait penser au spectateur, qui ne peut, en France, que dégainer un antique laser disc ou un double dvd édition spéciale, que Abyss s'impose comme la somme des obsessions et des thèmes de son auteur. Pas besoin donc de revenir la dessus. Surtout au terme d'une version longue qui a tout de l'aboutissement des visions, des cauchemars et des images qui animent le réalisateur canadien.

Certains voient de manière obstinée dans Abyss des métamorphoses d'eau vide, alors même que le film, au contraire, étale une richesse assez inouïe à l'écran, brassant de multiples sensations, de multiples genres pour un résultat emmenant l'action, la science fiction ou même les effets numériques un peu plus haut encore.

Tout au plus pourra-t-on qualifier l'oeuvre d'un brin naïve, mais cet écart traduit aussi la vibrante sincérité de Jim Cameron, et sa volonté de livrer une oeuvre personnelle. Gérant à merveille le divertissement de masse balançant entre effets spéciaux déments et simplicité biblique de la mise en scène. Mêlant la parabole universelle à l'intime. Et son goût des relations abouties entre ses figures de proue.

Oui, il y a, dans Abyss, de fantastiques moments de suspens, comme cette grue qui menace de s'abimer sur Deep Core et dont le spectateur redoute le choc annoncé. Oui, il y a, dans Abyss, de stratosphériques sommets d'action, comme cet affrontement de modules sous-marins. Oui, il y a aussi cet art du triple climax, toujours copié mais jamais égalé par l'industrie hollywoodienne.

Cameron court le long des couloirs de la station pour en restituer toute la claustrophobie. Il explore les noirs abysses de l'océan comme s'il s'agissait de l'espace. Mais la frontière de l'infini et de l'inconnu semble la même dans ses yeux. Eclairée par la bioluminescence de créatures curieuses influencées dans leur design tant par Moebius que par la magnificence de ce qui peut évoluer dans les fonds marins, et dont la représentation la plus iconique préfigurera l'animation de métal liquide, à peine deux ans plus tard, de l'un des méchants les plus charismatiques et implacables.

Sauf que le coeur du film ne bat finalement pas à ce rythme là.

Car il bat au rythme d'un couple fondé sur deux scènes incroyables de tension dramatique, signant l'une des plus belles scènes d'amour qui soit, puis l'un des sacrifices les plus poignants et inéluctables nimbé de larmes et d'impuissance, d'une solitude physique faisant froid dans le dos alors qu'Ed Harris s'enfonce dans des ténèbres de plus en plus profondes pour mieux renaître et être sauvé.

Car il bat au rythme du coeur de James Cameron, dont chaque monde qu'il crée subjugue et fascine. Abyss montre que ce dernier croit de manière éperdue, aveugle, en ce qu'il filme, en repoussant un peu plus ses propres limites à chaque essai.

James Cameron émerveille par la beauté de ses images et la sincérité de son propos. Hybride, fascinant, Abyss s'impose comme un condensé (déjà) de tout l'art de son auteur et, surtout, d'une formidable oeuvre riche et majeure.

Behind_the_Mask, qui n'a pas très envie de boire la tasse.

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