Quand la petite reine fait tomber les gaulois irréductibles du piédestal

Avis sur Astérix aux Jeux olympiques

Avatar Billy98
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2008, c'est un peu l'année maudite d'Astérix, durant laquelle cette figure nationale a perdu une part importante de sa superbe. Déjà pour ce film bien entendu, qui succédait à l'excellent "Mission Cléopâtre" de Chabat et donc offrait un contraste qui pique bien les yeux, mais également pour la sortie de la BD de "L'Anniversaire d'Astérix et Obélix : Le Livre d'or", qui confirmait que papa Uderzo voulait désormais se concentrer plus sur le rétro que sur le parebrise. Forcément, cette année-là, Astérix a eu un grave accident de voiture, et même s'il est plus ou moins relevé aujourd'hui, on peut pas dire non plus qu'il a un foie propre comme une peau de bébé phoque.
En 2008, j'avais dix ans. En août, je découvrirai "Wall.E" au cinéma, et je deviendrai un cinéphile vorace et beaucoup trop assidu. Mais déjà en Janvier, je commençais à m'y intéresser de plus en plus près. La campagne promo de ce "Astérix" a été tellement gigantesque que je me rappelle encore parfaitement de cette époque. A l'exception de "Star Wars 7", je n'ai tout simplement plus revécu une telle débauche publicitaire : une "série" télé animée par Manu Payet ("La Télé de l'Empire"), des décors d'Antiquité avec des figurants gardes pour les interviews, une perpétuelle répétition de la sortie du film jusqu'au jour J... et sans parler de l'abatage habituel, qui était bien sûr encore plus assommant que d'habitude. Pour vous dire, aujourd'hui j'ai 22 ans, et je me rappelle encore de sa date de sortie : 31 Janvier 2008. Le journal "Mon petit Quotidien" avait écrit cette phrase que je n'ai pas oublié : "Impossible de ne pas le savoir, Astérix sort demain". Quels autres films, même parmi les plus gros, peuvent se vanter d'avoir pu inspirer une telle phrase, hormis "Star Wars 7" ? Et puis paf, le film est sorti, Astérix entre en convalescence. Chez nous les enfants, mine de rien, c'était un débat avec les parents, qui eux voyaient très bien que c'était de la merde. Aujourd'hui je peux le dire : on ne grandit pas avec ce film. Si on l'a apprécié petit, il reste attaché à cette époque ; même en plaisir coupable et nostalgique, je ne vois pas comment on peut apprécier ce film adulte.
Ce qui est intéressant, c'est que ce film n'est pas raté pour des raisons communes aux autres productions françaises de l'époque, et tout est lié aux intentions. "Cinéman" est raté à cause de sa direction artistique désastreuse, mais à aucun moment on ne doute de la puissante envie de rendre hommage au cinéma ; les "Taxi" sont très balourds et se ressemblent tous, mais ils ne se prennent pas au sérieux et assument d'être destinés à être avalés comme des hamburgers de fast-food ; même "Cyprien", c'est extrêmement cliché et imblairable, mais au moins il y avait un message positif à la fin du compte. Ici, le grave problème d'"Astérix", c'est qu'il a été fait que pour des mauvaises raisons. Tout n'est que marketing, parce que le film n'a pour seule vocation que de rapporter le plus d'argent possible. Aujourd'hui, en équivalent, il y aurait les "Aladin" avec Kev Adams, qui rentrent dans cette catégorie aussi. Sauf que cet "Astérix" est tellement démesuré en terme de moyens, c'est tellement le défilé incessant de starlettes, que le contraste avec le fond est encore plus grossier. Que ce soit le scénario (digne d'une nouvelle pour CP), l'humour (les chutes sont les principales sources d'inspiration), la réal (champs/contrechamps incessants), la direction d'acteurs (pauvre Poelvoorde...) , le montage (le lancer de javelot en 5 plans, dont des putain de réactions à la Harry Potter), les effets spéciaux (beaucoup plus vieillis que ceux d'"Astérix contre César", c'est dire)... Rien, sur le plan artistique, ne fait professionnel en fait. Vous ne me ferez croire à aucun moment que les séquences où Brutus tente de tuer son père seraient approuvés dans n'importe quel école de cinéma : on serait descendus en flèche par les jurys, et ils auraient raison, ces séquences-ci étant à la limite de l'insulte envers l'intelligence de Goscinny. Par contre, les références, alors là ! Même Francis Lalanne, ils ont osé l'engager en croyant que ce serait cool (en vrai c'est rigolo, mais bon c'est parce que je le prends au quatrième degrés perso...). En plus, 2008, Pékin, Usain Bolt ! La fin qui a tant fait parler, avec Zidane qui sortait de l'épisode du coup de boule et Parker qui était encore dans la course... Entre Debouzze qui sort un gros "Fuck" à Chabat et Clavier de façon très beauf ("Je sais pas, je... Je te trouve plus beau"), Numérobis en gros forceur intergalactique qui traite Mme Agecanonix comme une michto impressionnable, le non-sens de la séquence dans sa globalité et le fait que cela soit considéré comme une fin plausible, rien n'évoque du vrai cinéma. Et pourtant, c'est la seule séquence possédant un tant soit peu de fun dans le film... Ca en dit long. Je tiens cependant à dire que ce film est peut-être la meilleure preuve du génie d'Alexandre Astier. Tout simplement parce que, dès qu'il est là, la séquence a de l'intérêt. Les commentaires pendant les épreuves, même si ça pisse pas loin, au moins on nous offre des répliques réellement écrites et non des descriptions (les dialogues d'Alafolix et Irina sont particulièrement insupportables), et au moins elles sont interprétées plutôt que gueulées. C'est d'ailleurs le seul perso qui arrive à exister quand Brutus est dans les parages (et il l'est, malheureusement, affreusement beaucoup trop souvent ; déjà dans un teaser le personnage annonce "C'est plutôt Brutus aux Jeux Olympiques !"). Quand Astier n'est pas là, on l'attend. Ce qui est tout de même assez exceptionnel avec une pareille distribution. D'ailleurs, pour Alain Delon, terminer sa carrière cinématographique sur cette note-là, c'est quand même vachement triste, en mode "hé papy, tu te rappelles t'avais fait ça, ça te dis qu'on se foute de ta gueule en échange d'un gros chèque ?". Pitoyable. Et tout le film l'est, humainement : pitoyable, à côté de la plaque sur tout ce qui était essentiel pour que le film vive. Parce que je suis désolé, ce film ne vit pas. Pas de direction artistique, pas d'amusement, pas de message. On voit des célébrités et des hommes d'affaire faire mumuse, mais derrière, on a juste un guignol qui gueule et agite des clés pendant 2 heures. Voilà pourquoi ce film n'est pas juste nul.
Tous mes messages d'encouragements à Poelvoorde, qui en a quand même fait un burn-out et une dépression à cause de l'ambiance sur le plateau (tu m'étonnes), entre autres. Pour conclure, je vous laisse en lien joint une analyse très juste du Youtubeur MrMeea, qui finit d'ailleurs sa vidéo de la même manière audiovisuelle que je souhaiterai achever ma critique écrite : https://www.youtube.com/watch?v=00ntHgkXJKk&t=508s&ab_channel=MrMeeea

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