Quadriges sur fonds verts.

Avis sur Ben-Hur

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A bien des égards il est facile de fustiger les remakes, c'est même devenue une sorte de tendance, ces films étant pratiquement morts avant même de sortir en salle. Bien que Ben-Hur n'ai pas vraiment souffert d'un bashing excessif et crétin comme pour le S.O.S. Fantômes de Paul Feig, il n'en demeure pas moins que le film était déjà mal parti, ne serait-ce que concernant sa date de sortie en septembre, là où les films vont souvent mourir ...

Personnellement j'avais plutôt apprécié la version de William Wyler sortie en 59, malgré quelques lourdeurs sur la dernière partie avec le Christ, tout était cohérent bien que cela ne m'ait pas emballé plus que cela. Ceci-dit en terme de spectacle épique le film s'avérait généreux malgré les moyens techniques beaucoup moins nombreux qu'aujourd'hui. C'est pourquoi j'étais assez enthousiaste à l'idée de voir un remake plus ancré dans notre époque et notre contexte actuel, avec les moyens d'aujourd'hui bien entendu. Tout laissait présager un péplum dans les règles de l'art avec ce qu'il faut de grandiose pour en mettre plein les yeux.

Malheureusement l'attente s'est transformée en inquiétude quand la première bande-annonce est sortie. Outre le fait que l'on y voyait déjà des anachronismes, tout semblait faux. Pourtant une petite lueur d'espoir pointait toujours à l'horizon, car après tout beaucoup de films paraissent vilains dans une bande-annonce et se révèlent plus fins et beaux dans leur version finale d'autant plus que concernant les anachronismes, même les meilleurs films d'époques en ont leur lot. Quoi qu'il en soit donc, mon attente bien qu'amoindrie n'avait pas totalement disparue.

Malheureusement après visionnage du film je dois bien avouer que beaucoup de choses ne vont pas. La première bien sûr réside dans l'approche assez pitoyable et les connaissances visiblement lacunaires de l'époque antique. Bien sûr il est possible de faire l'impasse sur les étriers des cavaliers, difficile en revanche de ne pas remarquer que les protagonistes portent parfois le temps d'une scène un pantalon (si si et même les filles) ou tout du moins quelque chose qui y ressemble énormément. Ben-Hur en 2016 s'habillerait donc chez Levi's ... Mais bien sûr ça ne s'arrête pas là puisque Ponce Pilate a une barbe alors que les romains pour la plupart se rasaient, que les meneurs de quadriges, dont Judah et Messala font partie, ne portent même pas de casques pendant la course et qu'il m'a semblé aussi voir des mots en anglais sur des étendards romains.

Évidemment vous me direz qu'on ne regarde pas un film d'époque pour en déceler tous les anachronismes, et vous aurez raison. Ce à quoi je vous répondrais néanmoins que les anachronismes peuvent parfois être plus discrets, moins visibles et surtout moins flagrants même au près d'un public averti. Dans le cas présent, un élève de sixième qui a bien suivit ses cours sur l'antiquité devrait probablement se poser des questions quant à l'idée de savoir si on ne le prendrait pas un petit peu pour un con.

Mais passons, il y a des anachronismes, tant pis, qu'en est-il alors du reste ? Du scénario, des acteurs et de la mise en scène ? Ce n'est malheureusement pas très bon non plus de ce côté là. On regrette notamment le peu d'ambition de Timur Bekmambetov dans la mise en scène, tant cette dernière semble approximative et imprécise. Comme si les storyboards avaient disparus et qu'il avait par conséquent fallu tourner sans références de pré-production. Pour le scénario en revanche on sent quelques efforts, notamment avec l'introduction du personnage de Morgan Freeman qui sans briller par son intérêt se révèle assez juste malgré un look encore une fois anachronique et un acteur qui n'en n'a visiblement rien à faire. Mais à contrario le film se plante complètement dans sa transposition de l'histoire pour l'adapter au public actuel. Ne sachant jamais sur quel pied danser, l'écriture oscille sans cesse entre une efficacité propre aux dernières productions Hollywoodiennes et une volonté de ne pas trop s'écarter de l'histoire originelle et du film de 59. Ainsi on nous ressert inlassablement la thématique sur le Christ, qui perd ici toute sa mysticité.

Ce n'est pas tant l'évocation du Christ qui pose problème, puisque de toute façon elle fait partie intégrante de l'histoire d'origine, mais c'est surtout la manière d'amener cela dans le récit. C'est ce qui m'avait assez déplu dans le film de 59 et c'est ce qui m'agace dans la version de 2016. Le scénario nous sert ici une approche de l'homme nommé Jésus, asse mièvre et complètement désincarnée là où malgré sa lourdeur elle avait pourtant tout un sens dans la version de Wyler. Le miracle final ayant ici comme une douce fragrance de nanar qui ne s'assume pas en tant que tel.

A côté de cela il faut ajouter une maîtrise technique assez pauvre. On savait qu'il serait difficile d'égaliser l'intensité de la course de quadriges du film de 59, mais là si efficacité il y a, c'est visuellement parfois assez douteux et l'incrustation des éléments sur le fond vert se voit vraiment beaucoup. La musique ne marque pas et le casting malgré une bonne volonté de la plupart des acteurs de donner un peu de prestance à l'ensemble, ne parvient pas à saveur les meubles.

Au final ce Ben-Hur version 2016 ne redonne jamais ses lettres de noblesses au genre du péplum, nous rappelle que l'original malgré ses maladresses le dépasse pourtant en tout point, et fort de ce constat nous permet aussi de nous rendre compte d'une chose bien précise : l'âge d'or des péplums est à n'en plus douter définitivement mort et enterré.

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