Etre une star libérée c'est pas si facile...

Avis sur Bohemian Rhapsody

Avatar Enlak
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Réalisé par Bryan Singer (Usual suspect, les premiers X-men), avec Rami Malek (étonnant dans Mr Robot), retraçant la carrière musicale d’une légende du rock, le projet avait tout de quoi exciter. Le résultat, pour ma part, fut malheureusement quelque peu décevant. A noter que si je connais comme tout le monde les tubes les plus mythiques, je ne connaissais très peu voir pas du tout l’histoire du groupe et de son chanteur.

La faute, notamment, à un rythme beaucoup trop rapide dans la formation du groupe mythique et de ses premiers succès. En quelques scènes, Freddy rencontre une fille, ils accrochent dès le début, on découvre qu’elle est devenue sa copine après une ellipse temporelle (la seule qui sera indiquée à l’écran), ils se marient, et ont leurs premiers désaccords. Sans que jamais leur relation ne soit vraiment développée, que ne soit montré pourquoi ça marche entre eux, comment ils ont appris à se découvrir, ce qui fait que l’on a difficilement de l’empathie pour eux, et que l’on a du mal à se sentir triste de leur séparation. Même chose pour les relations au sein du groupe. Des tensions apparaissent, l’excentricité de « la tête chantante » a de plus en plus de mal à penser, ainsi que le lien qu’il partage avec un autre homme, pas vraiment digne de confiance, un lien incompris et source d’exaspération. Une relation là aussi crée trop rapidement. Il est souvent question d’une famille, mais devant le peu de développement des liens du groupe, j’ai eu du mal à ressentir ces liens-là.

A la faveur des scènes, on peut deviner que le succès lui ai monté à la tête, que son exubérance, source du succès initial du groupe, lui fait perdre pied et compromet sans qu’il se rende compte ses relations d’amitié. Mais c’est surtout son obsession de tracer sa propre route, de devenir qu’il est réellement qui le rend instable. S’échapper de la voie tracée par son père, faire différemment en musique de tout ce qui a été fait avant lui… Une quête par ailleurs compliquée par de fortes problématiques d’identité, sexuelles notamment. Une tendance solitaire qui va de pair avec un besoin profond d’être accompagné, ce qui le conduit à quelques erreurs dans le choix de ses relations. Mais c’est bien là le problème, le spectateur doit se contenter de deviner ces éléments psychologiques, en liant les scènes entre elles, parce que le film survole ces aspects-là.

Le problème d’un biopic sur des événements s’étalant sur des années, l’actuel « first man » y est confronté aussi, mais s’en sort nettement mieux, car il prend le temps de développer son héros, de montrer des scènes intimistes permettant une vraie compassion du spectateur. Il est donc bien possible, même sur des événements s’étalent sur des années, de raconter une histoire qui peut accrocher malgré le temps limité.

Le film se rattrape un peu par la suite, lors de l’errance du chanteur, puis sa reprise en main avec la reformation du groupe, alors que Freddy apprenait la terrible nouvelle de sa maladie. La dimension tragique et dramatique apparaît alors pleinement. De Van Gogh atteint de folie à l’auteur de science-fiction instable Philip k Dick, en passant par les nombreuses célébrités de la chanson ou du cinéma qui ont mis fin à leur jour (RIP Chester Bennington (linkin park) ) ou sombré dans la drogue , le génie artistique, ou la célébrité, apparaissent souvent aller de pair avec de profonds tourments personnels. Ce qui peut possiblement s’expliquer par une sensibilité accrue, un besoin vital de s’exprimer, d’évacuer un mal-être et une souffrance profonds, l’art devenant alors un exutoire cathartique. Mais l’arrivée du succès n’est parfois pas suffisante à résoudre les problématiques existentielles, et les hordes de fan d’aucun secours face à la solitude qui entoure un artiste incompris. Une fin tragique qui concourt souvent à la renommée de l’artiste, parfois devenu légende ou icone.

Il était cependant intéressant de découvrir la genèse des chansons mythiques qui ont marqué la musique, tel « we will rock you » et ses mouvements de danse entraînant, dans l’intention volontaire de favoriser un lien inédit entre l’artiste et les spectateurs, et surtout « Bohemian Rhapsody », étrange et audacieux mélange d’opéra et de rock, dans l’ambition de proposer quelque chose d’entièrement nouveau.
Et que dire de la quasi retranscription du concert de live aid en 1985, avec un Freddy Mercury plus en forme que jamais malgré sa maladie, et une foule massivement nombreuse et survoltée.

Mon ignorance de l’histoire du groupe explique peut-être mon manque de ressentit. D’un côté, à voir certaines réactions sur internet, certains déplorent des raccourcis de l’histoire, et de certains aspects édulcorés de la vie du chanteur, tandis que d’autres apprécient les partis pris pour proposer une vraie histoire plutôt qu’un documentaire. Je pense vraiment, quant à moi, que le film va trop vite et que le développement aurait pu être plus travaillé.

«Bohemian rhapsody » ne rate pas vraiment sa cible pour autant. Les scènes de ces concerts retransmettent une énergie communicatrice presque transcendante, la destinée tragique du héros suscite une compassion inévitable, malgré des débuts expédiés suscitant plus d’indifférence que d’émotions. Rami Malek produit une nouvelle performance d’acteur, même si en deçà de celle « Mr Robot », la série lui permettant d’avantage de montrer son jeu d’acteur. Le film ne manque pas de morceaux d’humour s’intercalant entre deux pistes dramatiques. Dommage qu’il manque plusieurs couplets à la première partie, ce qui aurait permit une vraie compassion tout au long du film et une meilleure compréhension de l’artiste, pour peut être obtenir un grand film à la hauteur de la légende.

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