Banalité décevante

Avis sur Boyhood

Avatar Schwarzynigga
Critique publiée par le

Comment arriver à décrire et exprimer une réelle déception par le biais d'une simple critique senscritique ? Quelques éléments de réponses.
Tout d'abord, je tiens à signaler l'audace que Linklater à eu de nous proposer un tel concept et j'admire la demarche, tout comme la plupart l'auront fait. L'idée lancée, celle-ci en accouche au final d'un certain vide. Voulu en quelque sorte par le réalisme proposé et le pitch qui nous immergent dans le quotidien d'une famille quelque peu décomposée. La mise en scène suit cette logique, à raison. Je ne suis tout simplement pas entré dans ce film. Le temps est passé assez facilement, ce n'est pas un problème de contempler sa montre en se demandant quand est-ce que le générique se pointe afin de casser la croûte au domac... Bien au contraire. Le problème étant principalement dû à cette facette trop contemplative. Puis plus nettement par l'identification au personnage, pour lequel mon attachement fut plutôt mince. Il manque cruellement de caractère, de personnalite. Le cinéma, comme je le conçois, se doit de m'apporter de l'émotion, j'exige de lui qu'il me transporte, peu importe le genre ou le propos du film. Dans le cas de boyhood, le personnage auquel j'ai accorde le plus de crédit est celui d'Ethan Hawke. Et c'est fort dommage. Ce qui se pose comme un couac, vu l'ingratitude du rôle du père, qui n'apparaît que bien trop rarement. Chaque scène où il apparaissait apportait son lot de rejouissances. Au niveau des dialogues, de la prestence du gars. (Puis il rayonnait sur ses enfants, qui se trouvaient en sa compagnie acquerir de la profondeur sur leurs agissements, leur maturité et leur façon de voir les choses. Je me sentais davantage impliqué avec eux...)
Je veux dire, les seconds rôles sont, parfois, justement fait pour rattraper un manque de fringance dans la performance du protagoniste principal, je ne le nie pas. Comme dans Whiplash avec l'excellent J.K Simmons, tout récemment, par exemple. Il ya même des seconds rôles qui SAUVENT des films, alors c'est pour dire. Cette sensation de vouloir sentir l'émanation qui se dégage, la force magnétique dirigée par le charisme imposant. Cet acteur qui serait capable de me surprendre à chaque ligne de texte par sa folie et son côté déroutant. Un vrai problème, d'ailleurs, qui est le mien. Je me rends compte que j'apporte beaucoup d'importance à ce type d'acteurs, comme Pacino. Ces acteurs qui sentent la fougue, qui représentent une culture, qui ont du coffre. Ce côté d'idolatration.
Mais dans le cas de Boyhood, la tâche était beaucoup plus compliquée et trop ardue car quasiment la totalité du film est fixée sur l'évolution dans le temps du jeune Mason. On le suit, beaucoup, passionnément, à la folie. Je remets une couche volontiers en assurant qu'il manquait d'éxubérance, de prise de décisions. Le film aurait pris en bouteille en acquérant cette pierre à l'édifice. Pour revenir à ce qui a été dit plus haut : Une intéraction plus forte entre les différents personnages n'aurait pas été de trop. C'aurait aboutit sur un chamboulement des relations, une remise en questions des liens, un enjeu scénaristique qui viendrait se chevaucher sur un autre et qui auraient tout dynamité. Mais non, ça glisse comme Jésus sur l'eau, ou comme le surfeur d'argent (fallait le placer, il est trop cool) c'est tout lisse. Boyhood méritait de la glissade, à coup sûr, Même de la bonne grosse gamelle des familles qui te fait redescendre sur terre et te fait prendre conscience de la fragilité et de l'instabilité physique ou morale... Il méritait de ne pas se reposer sur les lauriers de sa banalité apparente, et cette manière de dépeindre trop simplement les choses. Les différents ex de Patricia Arquette apportaient cette fraîcheur du gros coup de pied dans le tas. Ils laissaient présager une perturbation comportemental chez Mason. Mais rien n'y fit.
Je comprends les choix de réalisation, ils sont cohérents, toutefois. C'est très contradictoire comme message, en fait. On veut absolument qu'il se passe quelque chose, qu'il émane une énergie dans un film profondément plat, proche du réel et basé sur une tranche de vie. Bref, je me perds.

La possibilité de ma non-compréhension des motivations et des différents propos du film peut être aussi remise en jeu. Peut-être n'ai-je pas ciblé correctement la portée du message envoyé. Ou suis-je parti sur un mauvais ressenti à chaud, en ayant trop voulu décortiquer ce qui ne fonctionnait pas.

Mais il ne s'est pas passé grand chose, et c'est bien le plus dommage dans tout ça. Certains y trouveront leur compte. Par moments, une telle deception peut remettre totalement en question ce lien fort que vous entretenez avec cet art qu'est le cinéma. Celui qui vous a tant apporté dans un tas de domaines. Puis des films, sur lesquels vous portiez beaucoup d'estime, jettent un froid sur vous. Vous vous dites que vous avez loupé quelque chose, que votre sensibilité est perdue, que vous avez de nouveau du mal à trouver de l'émotion dans quelque chose de purement fictif, qui ne vous touche pas fatalement personnellement. C'est difficile, il faut se sortir de ce piège et repartir sur une nouvelle expérience et ne pas rester sur un constat pareil. Et puis on lit des critiques partageant votre avis et ressenti sur le film, et vous vous sentez bien moins seul, in this piece of shitty world. Un peu de psychanalyse pour vous, chers lecteurs. Je sais que vous serez énormément nombreux (rires, sarcasme, ironie) donc je me permets de vous partagez cette saute d'humeur éprouvée pendant et après la séance bruxelloise de ce jeudi après-midi. ("On s'en tape que ce soit à Bruxelles ou Ouagadougou connard" *jetmassifdetomates*)

"Boyhood" reste néanmoins à voir, pour son expérience unique.

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